V

Et mon cheval! mon cheval, oh! comme je t’aime aussi!

Comme tu cours sur le monde, comme ton sabot d’acier retentit bien sur les têtes que tu broies dans ton galop, ô mon cheval!

Ta crinière est droite et hérissée, tes yeux flamboient et tes crins plient sur ton cou quand le vent nous emporte tous deux dans notre course sans limites. Jamais tu ne te fatigues; pas de repos, pas de sommeil pour nous deux.

Tes hennissements, c’est la guerre, tes naseaux qui fument, c’est la peste qui s’abat comme un brouillard.

Et puis, quand je lance mes flèches, tu abats si bien avec ton poitrail les pyramides et les empires, et ton sabot si bien les casse, les couronnes!

Comme on te respecte, comme on t’adore! Les papes pour t’implorer te jettent leur tiare, les rois, leur sceptre, les peuples, leurs malheurs, les poètes, leur renommée, et tout cela tremble et s’agenouille, et tu galopes, tu bondis, tu marches sur les têtes prosternées.

..... O mon cheval! Toi, tu es le seul don que m’ait fait le ciel, tu as le jarret de fer, la tête de bronze, tu cours tout un siècle, comme s’il y avait des aigles dans les plis de tes cuisses; et puis, quand tu as faim, tous les mille ans, tu manges de la chair et tu bois des larmes. O mon cheval! je t’aime comme la mort peut aimer!

VII

Il y a si longtemps que je vis! J’ai tout vu. Oh! que je sais de choses! que je renferme de mystères et de mondes à moi!