Bouvard penchait vers le neptunisme; Pécuchet, au contraire, était plutonien.

Le feu central avait brisé la croûte du globe, soulevé les terrains, fait des crevasses. C’est comme une mer intérieure ayant son flux et reflux, ses tempêtes; une mince pellicule nous en sépare. On ne dormirait pas si l’on songeait à tout ce qu’il y a sous nos talons. Cependant le feu central diminue et le soleil s’affaiblit, si bien que la terre un jour périra de refroidissement. Elle deviendra stérile; tout le bois et toute la houille se seront convertis en acide carbonique, et aucun être ne pourra subsister.

«Nous n’y sommes pas encore, dit Bouvard.

—Espérons-le», reprit Pécuchet.

N’importe, cette fin du monde, si lointaine qu’elle fût, les assombrit, et, côte à côte, ils marchaient silencieusement sur les galets.

La falaise, perpendiculaire, toute blanche et rayée en noir, çà et là, par des lignes de silex, s’en allait vers l’horizon, telle que la courbe d’un rempart ayant cinq lieues d’étendue. Un vent d’est, âpre et froid, soufflait. Le ciel était gris, la mer verdâtre et comme enflée. Du sommet des roches, des oiseaux s’envolaient, tournoyaient, rentraient vite dans leurs trous. Quelquefois une pierre, se détachant, rebondissait de place en place avant de descendre jusqu’à eux.

Pécuchet poursuivait à haute voix ses pensées:

«A moins que la terre ne soit anéantie par un cataclysme! On ignore la longueur de notre période. Le feu central n’a qu’à déborder.

—Pourtant il diminue.

—Cela n’empêche pas ses explosions d’avoir produit l’île Julia, le Monte-Nuovo, bien d’autres encore.»