Les autres notables étaient: le comte de Faverges, autrefois député, et dont on citait les vacheries; le maire, M. Foureau, qui vendait du bois, du plâtre, toute espèce de choses; M. Marescot, le notaire; l’abbé Jeufroy, et Mme veuve Bordin, vivant de son revenu.—Quant à elle, on l’appelait la Germaine, à cause de feu Germain son mari. Elle faisait des journées, mais aurait voulu passer au service de ces messieurs. Ils l’acceptèrent et partirent pour leur ferme, située à un kilomètre de distance.
Quand ils entrèrent dans la cour, le fermier, maître Gouy, vociférait contre un garçon, et la fermière, sur un escabeau, serrait entre ses jambes une dinde qu’elle empâtait avec des gobes de farine. L’homme avait le front bas, le nez fin, le regard en dessous et les épaules robustes. La femme était très blonde, avec les pommettes tachetées de son, et cet air de simplicité que l’on voit aux manants sur le vitrail des églises.
Dans la cuisine, des bottes de chanvre étaient suspendues au plafond. Trois vieux fusils s’échelonnaient sur la haute cheminée. Un dressoir chargé de faïences à fleurs occupait le milieu de la muraille, et les carreaux en verre de bouteille jetaient sur les ustensiles de fer-blanc et de cuivre rouge une lumière blafarde.
Les deux Parisiens désiraient faire leur inspection, n’ayant vu la propriété qu’une fois, sommairement. Maître Gouy et son épouse les escortèrent, et la kyrielle des plaintes commença.
Tous les bâtiments, depuis la charretterie jusqu’à la bouillerie, avaient besoin de réparations. Il aurait fallu construire une succursale pour les fromages, mettre aux barrières des ferrements neufs, relever les hauts-bords, creuser la mare et replanter considérablement de pommiers dans les trois cours.
Ensuite on visita les cultures: maître Gouy les déprécia. Elles mangeaient trop de fumier, les charrois étaient dispendieux; impossible d’extraire les cailloux, la mauvaise herbe empoisonnait les prairies; et ce dénigrement de sa terre atténua le plaisir que Bouvard sentait à marcher dessus.
Ils s’en revinrent par la cavée, sous une avenue de hêtres. La maison montrait, de ce côté-là, sa cour d’honneur et sa façade.
Elle était peinte en blanc, avec des réchampis de couleur jaune. Le hangar et le cellier, le fournil et le bûcher faisaient en retour deux ailes plus basses. La cuisine communiquait avec une petite salle. On rencontrait ensuite le vestibule, une deuxième salle plus grande et le salon. Les quatre chambres au premier s’ouvraient sur le corridor qui regardait la cour. Pécuchet en prit une pour ses collections; la dernière fut destinée à la bibliothèque; et comme ils ouvraient les armoires, ils trouvèrent d’autres bouquins, mais n’eurent pas la fantaisie d’en lire les titres. Le plus pressé, c’était le jardin.
Bouvard, en passant près de la charmille, découvrit sous les branches une dame en plâtre. Avec deux doigts, elle écartait sa jupe, les genoux pliés, la tête sur l’épaule, comme craignant d’être surprise. «Ah! pardon! ne vous gênez pas!» et cette plaisanterie les amusa tellement, que, vingt fois par jour, pendant plus de trois semaines, ils la répétèrent.
Cependant les bourgeois de Chavignolles désiraient les connaître: on venait les observer par la claire-voie. Ils en bouchèrent les ouvertures avec des planches. La population fut contrariée.