Les indigènes avaient des rapports certains avec les côtes de la mer Rouge, puisque dans leurs sépultures on trouve des bracelets et des colliers faits en coquilles marines dont l’habitat est précisément dans cette mer. La poterie noire à décor incisé, dont il a été parlé plus haut, montre qu’ils avaient également des relations avec les autres peuples méditerranéens, surtout avec ceux des îles grecques, et que, par conséquent, il y avait déjà à cette époque des hommes osant s’aventurer avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite découverte faite en Crète confirme l’existence de ces relations intercontinentales: on a trouvé à Phaestos, sur la côte sud de la Crète, dans les couches les plus profondes d’un gisement néolithique, un gros fragment de défense d’éléphant; or sur le littoral nord de l’Afrique, il n’y a guère que l’Egypte où l’éléphant ait pu vivre et nous avons vu qu’il y vivait en effet. C’est donc d’Egypte, selon toute probabilité, que cet objet fut transporté en Crète, à une époque antérieure à l’histoire.


Arts et métiers

L’architecture de bois étant seule en usage chez les indigènes de l’époque archaïque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est cependant probable que ce fut vers la fin de cette période qu’on commença à employer la brique crue, dont l’usage est si répandu sous la Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d’affirmer la chose de manière absolue.

La sculpture ne s’attaque pas encore à autre chose qu’aux petits objets, peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche à donner une forme humaine ou animale, plaques de schiste qu’on découpe en silhouettes, figurines de danseuses ou d’hippopotames qu’on modèle dans de l’argile et qu’on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs à l’affût gravaient des images d’animaux sur les rochers qui les abritaient, d’un trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d’un certain caractère pittoresque. Il en est de même pour la peinture sur vases: on remarque dans ces figurations d’animaux, de végétaux, de bateaux, des qualités ornementales qui contrastent avec la naïveté et souvent la barbarie de l’exécution: les dessinateurs savent déjà reconnaître le trait caractéristique de chaque être et de chaque objet, et dans ces croquis enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l’originalité de l’art égyptien, à la fois synthétique et décoratif.

Nous avons déjà vu, en fait de gens de métier, les fabricants de silex taillés, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls artisans qui nous aient laissé des traces abondantes de leur activité et dont nous puissions arriver à reconnaître les procédés. Les autres ouvriers se devinent plus qu’ils ne s’affirment, ainsi les charpentiers, que signale la présence de nombreuses herminettes en silex, sorte de haches plates ne pouvant servir qu’au travail du bois; quelques fusaïoles nous révèlent aussi l’origine du travail des matières textiles.

Le cuivre fait son apparition au cours de la période prédynastique, peut-être même à son début, mais les rares outils de métal trouvés dans les sépultures sont encore rudimentaires et montrent que les métallurgistes, qui deviendront si habiles aux âges suivants, en étaient encore aux tâtonnements du début.