Organisation sociale et politique

Les indigènes de l’Egypte prédynastique ne vivaient plus isolés, mais en société, et si nous ne savons rien de l’institution de la famille, nous connaissons au moins leurs villages où plusieurs familles pouvaient vivre côte à côte, et les nécropoles où ces populations sédentaires réunissaient leurs morts. Certains indices montrent qu’il existait des groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte de totem, représentant sans doute la divinité locale. Ces enseignes qui devaient plus tard devenir l’emblème des nomes ou provinces de l’Egypte, servaient de signe de ralliement à des tribus sans doute apparentées à l’origine, mais qui devaient nécessairement entrer en compétition les unes avec les autres, au fur et à mesure qu’elles se développaient; de là des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseignés que par la légende, et qui aboutirent à l’établissement de la suprématie du clan d’Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupède au museau recourbé et aux longues oreilles droites, étaient-elles autochtones ou étrangères, c’est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec certitude, mais il est à présumer qu’elles durent leur supériorité à la connaissance des métaux qui leur donnaient un immense avantage sur des populations n’ayant que des armes de pierre. Quoi qu’il en soit, nous pouvons croire que la période archaïque, très paisible à ses débuts, se termina par de longues luttes qui aboutirent à la fondation des royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisèrent longtemps, jusqu’au moment où l’un d’eux finit par absorber l’autre.


[CHAPITRE IV]

ÉPOQUE THINITE
(De 4000 à 3400 av. J.-C. environ.)

Entre le moment où les indigènes que nous avons appris à connaître habitaient paisiblement la Thébaïde, occupés de chasse et de pêche, d’agriculture et d’élevage, et celui où Ménès constitue son royaume, il n’y a pas de transition marquée, ni dans les monuments de la région d’Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute Egypte. Ces deux époques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s’est accompli pendant le laps de temps qui les sépare et dont nous ignorons la durée, une transformation profonde qui touche à tous les domaines: une méthode nouvelle de gouvernement est inaugurée, l’écriture est inventée, les constructions de briques remplacent l’architecture de bois, le cuivre et même le bronze deviennent d’un usage courant, tandis que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint la perfection. Une transformation pareille demande de longs siècles ou bien une intervention étrangère, aussi a-t-on tenté de l’expliquer de diverses manières, sans avoir encore pu sortir du domaine des hypothèses.

En raison de certaines ressemblances très apparentes entre ce qui nous est parvenu de l’Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chaldée primitive, l’écriture hiéroglyphique, l’architecture en briques crues, l’emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre, quelques savants ont voulu établir une communauté d’origine. Ils supposent qu’à un moment donné, une tribu puissante venant de Chaldée ou d’un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldéens, aurait pénétré en Egypte par le Sud après avoir traversé la mer Rouge et le désert, aurait soumis la vallée du Nil et répandu dans tout le pays les bienfaits d’une civilisation supérieure à celle qui s’y était développée naturellement. La tribu conquérante, le clan Horien, serait alors une peuplade d’origine sémitique et Horus un dieu sémite, ce qui est bien difficile à admettre, d’autant que, plus on étudie cette époque, plus on constate le caractère vraiment original et purement africain de la civilisation égyptienne.