Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres ont une personnalité plus effacée encore, et il est difficile de les identifier avec ceux que les monuments nous font connaître et qui ne peuvent se ranger que dans cette période de l’histoire, Kha-Sekhemouï, Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemouï et plusieurs autres encore. Aucun événement important n’est relaté, même sur la pierre de Palerme, où les mentions annuelles se rapportent toutes à des fêtes royales ou religieuses, au dénombrement des bestiaux, à la construction de divers édifices. On s’aperçoit néanmoins, en étudiant les courtes inscriptions laissées par ces rois et en les comparant à celles de la dynastie précédente, qu’il y a quelque chose de changé dans la titulature royale, auparavant très simple. Il s’y introduit à plusieurs reprises un élément nouveau, l’emblème du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre n’est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu’ils se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement, des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font ensevelir à Abydos, comme leurs ancêtres, les autres commencent à creuser leurs tombeaux à Memphis même, où les traces de leur activité deviennent de plus en plus fréquentes. Cette dynastie, encore nettement thinite, tant par l’origine de ses rois que par le caractère de sa civilisation, représente donc pour nous le commencement de la période de transition pendant laquelle se prépare l’avènement de l’empire memphite; cette période est assez longue, puisqu’elle embrasse encore la IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache étroitement à celle qui la précède.
B. MONUMENTS
Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possédons maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d’Abydos, de Negadah et, un peu plus au sud, d’Hieraconpolis, la ville où était probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d’Horus le Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre d’inscriptions et de petits objets ont été trouvés dans les environs de Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de la fin de l’époque thinite. Nous devons passer en revue tous ces documents avant d’aborder le tableau d’ensemble de la civilisation pendant cette période.
Tombeaux
Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs sépultures une large plaine sablonneuse dominée par les montagnes où commence le désert proprement dit, aux environs immédiats de leur première capitale, au lieu qui deviendra plus tard la ville sacrée d’Abydos. Les plus anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de la Ire dynastie, et même peut-être à quelques-uns de leurs prédécesseurs immédiats, sont de grandes fosses rectangulaires creusées dans le sol du désert, qui ne dépassent guère cinq mètres sur sept de côté, et trois de profondeur environ; des murs en briques crues étaient élevés contre les parois naturelles de la fosse et le tout était recouvert, au niveau du sol sans doute, par un plancher de bois supporté par des piliers, également en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible.
Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait à peine de ceux de ses sujets, et nous voyons peu à peu les souverains chercher à donner à leur dernière demeure un caractère plus grandiose. A partir du milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent sensiblement, en profondeur autant qu’en longueur et en largeur: on ne se contente plus de murs en briques et d’un plafond de bois, on étend un plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit même par dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des séries de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres. Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu’au fond de la salle, et autour de celle-ci, dans un fossé moins profond, sont construites des séries de petites chambres servant de magasins pour les provisions funéraires et de sépulture aux gens de l’entourage immédiat du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le trou, et au sommet une stèle portant en grands caractères le nom du roi signalait de loin l’emplacement de son tombeau.