Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont été retrouvées à Abydos, toujours dans la même région, mais ces monuments se distinguent très nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funéraire et toutes ses dépendances sont construites dans une seule et même excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considérables. Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemouï, qui doit être un des derniers rois de la dynastie, est construit sur un plan très allongé et n’a pas moins de 83 mètres de long, avec 58 pièces, parmi lesquelles la chambre funéraire, placée au centre, est à peine plus importante que les autres.
Le monument le plus remarquable de toute la période thinite est situé à Négadah, entre Abydos et Louxor; c’est encore un tombeau, non plus un tombeau souterrain, mais une construction entièrement apparente. En voyant pour la première fois cet édifice qui est encore dans un état de conservation relativement bon, nous crûmes être en présence d’un mastaba de l’Ancien Empire et il fallut les fouilles méthodiques qu’entreprit immédiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les yeux un monument datant d’un des plus anciens rois de la Ire dynastie; certains savants ont voulu identifier ce souverain à Ménès lui-même, mais la découverte récente d’un fragment des annales de l’Ancien Empire montre qu’il s’agit sans doute de son deuxième successeur, le roi Atet-Kenkenès.
Entièrement construit en briques crues, ce monument, dont la forme générale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mètres, exactement le double de sa largeur; un socle bas l’isole du terrain environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s’élèvent, présentant tout le long des quatre façades une série de petites niches avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans les stèles de l’Ancien Empire et qui ne font que reproduire les détails décoratifs de l’architecture civile en briques et en bois. Aucune porte ne permet de pénétrer dans l’intérieur, qui se compose d’un noyau central contenant cinq pièces, dont la chambre funéraire, au milieu; après l’ensevelissement, on avait muré les portes de ces chambres, puis on avait édifié tout autour une série de pièces plus petites destinées à servir de magasin, et enfin le mur extérieur avec ses niches, qui devait clore définitivement le tombeau et le présenter aux regards sous la forme d’un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu d’être enterré, comme d’habitude, le mort était emmuré.
Enfin, dans les substructions du temple plus récent d’Hieraconpolis, on a retrouvé un long mur circulaire, en pierres grossièrement assemblées, qui représente sans doute l’enceinte du premier temple bâti en cet endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un montant de porte sculpté au nom du roi Kha-Sekhemouï et d’autres objets de la même époque. On n’a jusqu’ici signalé aucun autre édifice royal, temple ou tombeau de cette période.
Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d’une grande simplicité: la fosse, un peu plus grande qu’autrefois, est rectangulaire ou carrée, ses parois sont en général revêtues de briques crues, et un plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couché sur le côté gauche, la tête au sud, dans la position dite embryonnaire ou assise; on ne rencontre que rarement des exemples de démembrement complet, comme c’est le cas vers la fin de la période précédente, mais on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste.
Mobilier funéraire
Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n’étaient pas suffisamment protégés, et les violateurs de sépultures y pénétrèrent; puis des incendies éclatèrent dans ces constructions où le bois entrait pour une grande part, et le mobilier funéraire en souffrit considérablement. D’après ce qui en reste, nous pouvons néanmoins nous faire une idée exacte de ce que ce mobilier devait être à l’origine, de la variété et de la richesse des objets qui le composaient.