Les vases en terre sont de toutes formes et d’une grande abondance; tous servaient à serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore retrouvé des traces, et étaient amoncelés dans les petites salles annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d’immenses jarres, soigneusement fermées au moyen d’une écuelle et d’un bouchon d’argile, et alignées les unes à côté des autres, contenaient du vin, peut-être aussi de l’huile; dans d’autres pièces, des cruches plus petites ou de grandes écuelles renfermaient du blé, de l’orge, des fruits, des viandes. Tous ces vases étaient des objets d’un usage courant, vulgaire même, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d’un certain galbe, d’une élégance de lignes qui se retrouve dans tout objet provenant de l’ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l’argile employée est grossière, la cuisson souvent défectueuse.
Si la céramique, ravalée à des usages inférieurs, est moins soignée que celle de la période prédynastique, nous remarquons par contre un progrès immense réalisé dans l’industrie des vases de pierre: toute la vaisselle des rois et des gens de qualité se composait en effet d’ustensiles taillés avec une habileté incroyable, qui n’a jamais été égalée plus tard, en aucun endroit et à aucune époque. Les ouvriers travaillent indifféremment le calcaire, l’albâtre et le grès, le granit, la diorite, la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s’attaquent même à l’obsidienne et au cristal de roche et réussissent à en tirer des petits vases et des coupes d’une perfection inouïe. Des instruments dont ils se servaient pour venir à bout de ces chefs-d’œuvre, nous ne connaissons que le plus important, celui qui servait à évider l’intérieur du vase, une sorte de vilebrequin à lame latérale, garni dans le haut d’un lourd contrepoids servant de volant.
Au point de vue de la forme, la variété de ces vases est très grande. Il y a d’abord la coupe, pour laquelle on employait de préférence l’albâtre, le calcaire, le grès, le quartz, et qui servait en même temps d’assiette et d’écuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde, souvent même plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses parois généralement droites, mais parfois le rebord se retourne légèrement vers l’intérieur. Puis les grandes jarres d’albâtre, imitées du modèle très répandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes atteignent jusqu’à un mètre de hauteur; les vases globulaires à fond plat et à petites anses, les uns minuscules, les autres de très grandes dimensions; les vases sphéroïdes à rebord aplati et anses de suspension, en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou côtelée et qui sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques, généralement en albâtre. On pourrait encore mentionner d’autres formes moins courantes, entre autres les vases en forme d’animaux. Tous ces modèles se retrouvent en très grande abondance dans les tombeaux des rois et même dans ceux des particuliers de l’époque. Etant donnée la matière employée, on pourrait encore faire rentrer dans cette catégorie les petites tables d’albâtre, sorte de guéridons formés d’un disque monté sur un pied très bas, qui servaient de tables à manger, et qui deviennent surtout fréquentes à partir de l’Ancien Empire.
La faïence fait sa première apparition avec des vases, des plaquettes et divers fragments en terre vernissée, à couverte d’un vert parfaitement homogène, mais qui peut-être était bleu à l’origine; ce genre de faïence devait continuer à être employé à toutes les époques du royaume pharaonique.
Vu leur fragilité même, beaucoup d’objets qui se trouvaient dans les tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu’à l’état de fragments: ainsi tout ce qui était en bois ou en ivoire, figurines, plaquettes, coffrets incrustés, meubles sculptés souvent ornés de pieds de taureau ou de lion, d’un travail exquis. Un hasard heureux a fait retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, améthyste et grenat qui sont aussi bien composés qu’exécutés, et qui dénotent, chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du métier déjà très grande.