Les progrès de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux recourbés du tombeau de Negadah et les longs éclats retaillés sur une seule face, avec des retouches d’une régularité parfaite, ne sauraient trouver leurs égaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de poignards, et l’un d’eux est enveloppé sur une partie de sa longueur d’une feuille d’or ciselé formant poignée. A côté de ces armes on trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes de flèches qui ne leur cèdent en rien pour la beauté de la forme et du travail.

Nous avons déjà vu çà et là, pendant l’époque précédente, des objets de cuivre; à partir des premiers rois thinites, l’usage de ce métal est très répandu. On s’en sert non seulement pour des outils ou des armes, mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires avec anse mobile ou aiguières verseuses à bec recourbé, qui témoignent déjà d’une grande habileté en matière de chaudronnerie; les ouvriers s’entendaient aussi bien à travailler à l’embouti qu’à souder et à river les pièces ensemble.

Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques de schiste que nous avons signalées dans les sépultures prédynastiques, mais on n’en a rencontré que rarement dans les tombes royales; l’usage de ces objets dans le mobilier funéraire tendait à disparaître, par contre on en employait d’analogues pour le service du culte divin. Ces plaques de schiste d’un nouveau modèle, dont quelques-unes de très grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont pour nous non seulement de l’intérêt au point de vue artistique, mais nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants. On y voit représentées, sous forme symbolique, une campagne victorieuse, la destruction de cités ennemies, la soumission des vaincus, tandis que sur d’autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en particulier ces espèces de panthères dont le cou d’une longueur très exagérée entoure le godet central qui paraît être la partie la plus importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but exact. Quoi qu’il en soit, ces plaques de schiste sculptées, qui sont de véritables œuvres d’art, paraissent être des objets votifs, comme les énormes masses d’armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui étaient déposées dans le temple d’Hieraconpolis.

Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs égyptiens; c’est de la même époque que datent les premières œuvres de la statuaire, qui, bien que souvent un peu lourdes de forme, possèdent déjà la plupart des qualités des statues de l’Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de particuliers, des statuettes d’hommes ou de femmes en ivoire, et des figurines en diverses matières, représentant des animaux.