Inscriptions

Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup, sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents écrits appartiennent aux premiers souverains ayant régné sur les deux parties du pays, et l’invention de l’écriture, qui est la caractéristique de l’époque thinite, ne semble pas avoir été de beaucoup antérieure à ces débuts de l’histoire égyptienne. Il ne s’agit pas encore de textes, à proprement parler, mais d’inscriptions très courtes donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de quelques signes seulement, d’événements importants. En la comparant à celle des époques suivantes, on voit que cette écriture est encore dans son enfance, mais en même temps on peut constater qu’elle a non seulement le caractère pictographique propre à toutes les écritures primitives, mais qu’elle possède déjà tous les éléments phonétiques et alphabétiques qui constituent le système hiéroglyphique. Les signes ne sont pas encore disposés suivant un ordre rigoureux, comme plus tard, mais ils sont déjà dessinés avec une précision remarquable, et ceux qui sont en usage à ce moment-là se modifieront à peine au cours des siècles. L’Egyptien, profondément artiste, avait trouvé, presque sans tâtonnement, semble-t-il, le type d’écriture qui lui convenait et auquel il devait se tenir pendant des milliers d’années.

Les documents écrits de la période thinite appartiennent pour ainsi dire tous au roi lui-même ou à son entourage immédiat. Parmi les monuments royaux, il faut citer en première ligne les grandes stèles de pierre dressées sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en grands caractères; il en est de même des montants de porte de Kha-Sekhemouï au temple d’Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sinaï où le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De petites plaquettes en bois ou en ivoire, destinées à commémorer un événement, une victoire, une cérémonie religieuse ou une inauguration d’édifices, portaient, en plus des représentations figurées et du nom royal, un très court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de schiste et les massues votives d’Hieraconpolis, il n’y a, à côté des représentations, que le nom du roi, qui se retrouve également, isolé, sur beaucoup de petits objets de toute espèce.

Chaque employé supérieur de l’administration avait son cachet officiel, cylindre gravé en creux, portant son titre et son emploi, à côté du nom du roi; ces cylindres servaient entre autres à sceller les produits dont les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils étaient apposés sur les énormes bouchons d’argile fermant les grandes jarres où l’on conservait les provisions destinées au roi mort. Ces empreintes, qui sont le plus souvent encore très nettes, forment l’ensemble le plus important et le plus varié des inscriptions de l’époque thinite. C’est aussi, sans aucun doute, à des officiers royaux et à de grands personnages de la cour qu’appartenaient les nombreuses petites stèles portant simplement leur nom et indiquant la place de leur sépulture dans les dépendances des tombeaux royaux.

Ce n’est pas sous la forme d’un cartouche ovale, comme on a l’habitude de le voir dans tous les monuments depuis l’Ancien Empire, que se présente ici le nom du roi: il est renfermé dans un rectangle terminé dans le bas par un motif architectural et surmonté d’un faucon. Il est nécessaire, pour expliquer cette différence qui peut paraître étrange au premier abord, de jeter un coup d’œil sur la titulature complète des rois d’Egypte, à la bonne époque. A côté d’un nombre très variable d’épithètes pompeuses où la fantaisie des scribes se donne libre carrière, le protocole royal comporte cinq noms différents précédés chacun d’un titre spécial; ainsi la titulature complète d’Amenemhat III, un des derniers rois de la XIIme dynastie ([fig. 91]), se présente de la façon suivante: