Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un édifice où est gravé le nom, représente le nom sacré du roi, son nom d’Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualité d’héritier légitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants ont moins d’importance et paraissent rarement isolés en dehors du protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renfermés dans des cartouches, ce sont, à l’époque classique, les vrais titres officiels du roi, les seuls employés couramment pour désigner le pharaon: l’un, que nous avons l’habitude d’appeler le prénom, est surmonté du double titre «roi de la Haute et roi de la Basse Egypte»; c’était le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement, tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l’épithète «fils du soleil», qui fait ressortir une fois de plus le caractère divin ou semi-divin de la royauté. Tous ces titres n’ont ni la même origine ni la même ancienneté. Le premier en date est aussi le premier de la série, le nom d’Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la première dynastie ne sont désignés par un autre nom que celui qui, enfermé dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmonté du faucon, image du dieu Horus. Le souverain n’est donc pas appelé à l’origine «le roi d’Egypte un tel» mais «l’Horus un tel»; plus tard, sous la IIme dynastie, certains rois qui étaient sans doute originaires de la Basse Egypte tentèrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le faucon par l’animal typhonien Set, et se nommèrent alors «le Set un tel» ([fig. 93]); d’autres enfin réunirent les deux emblèmes divins, comme Kha-Sekhemouï qui se donne le titre de: «Horus-Set-Kha-Sekhemouï» ([fig. 94]).

Fig. 93. Nom du roi Perabsen.
Fig. 94. Nom du roi Kha-Sekhemouï.
Fig. 95. Nom du roi Den-Setouï.

Dès l’origine, cependant, les rois prirent le titre de «maître des diadèmes du Sud et du Nord», titre qui vient se placer à côté du premier, mais n’est pas accompagné d’un nom nouveau. Enfin, à partir du milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparaître un second nom tout à fait différent de l’autre, avec le titre de «roi de la Haute et de la Basse Egypte» ([fig. 95]). Ce nom n’est pas encore enfermé dans un cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres, celui de «Horus d’or», ou de «Horus vainqueur», et celui de «fils du soleil», ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de l’Ancien Empire.

Dans les listes royales d’époque postérieure, les pharaons, même les plus anciens, sont toujours désignés par leurs noms de rois de la Haute et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d’Horus. Or les monuments de l’époque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour trois rois de la Ire dynastie: Den-Setouï (Ousaphaïs), Azab-Merbapa (Miebis) et Mersekha-Semempsès. Pour tous les autres rois thinites, nous n’avons que le nom d’Horus, ce qui rend leur assimilation assez difficile; néanmoins, on est arrivé à les grouper de façon assez satisfaisante.

C. CIVILISATION

L’organisation de la royauté, l’invention de l’écriture, les débuts de l’architecture, le développement des arts et de l’industrie marquent un progrès immense de l’époque thinite sur la période précédente, une transformation radicale dans l’état général du pays. Après avoir étudié les monuments, il nous reste à passer aux conclusions que nous pouvons en tirer quant à ce nouveau stage de la civilisation.


Royauté