Pyramides

Les tombeaux royaux diffèrent de ceux des simples particuliers par la forme, par les dimensions et par la disposition intérieure et extérieure. Ici aussi, une évolution s’accomplit, une transformation très marquée pendant le cours de la période memphite.

Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont très différents de ceux de la période thinite, presque uniquement souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques crues sur la plateforme duquel s’ouvre une descenderie ou un escalier très rapide aboutissant aux chambres funéraires; aucune décoration, ni à l’intérieur ni à l’extérieur, pas même une stèle, semble-t-il. La fameuse pyramide à degrés de Saqqarah, construite par Djeser, un des derniers rois de cette dynastie, n’est pas encore à proprement parler une pyramide, c’est un gigantesque mastaba en pierres, bâti sur un plan rectangulaire et surmonté de toute une série de mastabas plus petits formant comme des étages ([fig. 97]). Les chambres souterraines sont malheureusement très bouleversées, mais nous voyons d’après un autre monument de l’époque comment on devait procéder à leur construction: une immense fosse rectangulaire était creusée dans le rocher, et une large descenderie y aboutissait du côté nord; au fond de cette excavation on installait le sarcophage de granit, on bâtissait les chambres, puis on la comblait, et alors seulement on pouvait commencer à édifier le mastaba ou la pyramide.

Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou, celui de Meïdoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais ce fut le même roi qui adopta peu après le type définitif de la pyramide à base carrée et à faces triangulaires, avec le monument qu’il édifia dans le désert de Dahchour; les chambres, très petites, sont à peu près au niveau du sol, ensevelies sous l’énorme masse de maçonnerie, et on y accède par un couloir en pente débouchant à mi-hauteur de la face nord du monument.

Les successeurs de Snefrou reprirent ce modèle de monument funéraire et l’adoptèrent pour eux-mêmes sans en modifier les grandes lignes, mais en y apportant des perfectionnements notables; les problèmes techniques les plus difficiles furent résolus avec une précision merveilleuse dans les pyramides de Khéops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune un chef-d’œuvre de construction, dont les dimensions colossales — la plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de côté — ne nuisent pas à la perfection des détails. Un revêtement de calcaire fin et de granit bien poli recouvre la maçonnerie disposée en assises régulières de blocs énormes; au-dessus des chambres, des chambrettes de décharge sont destinées à soulager leur toiture du poids considérable qui aurait pu les écraser; des conduits d’aération traversent le massif tout entier. Chambres et couloirs sont tapissés de blocs gigantesques, soigneusement polis et si admirablement appareillés qu’on ne peut encore maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en plusieurs points, des herses de granit, placées dans un logement spécial, retombaient après l’inhumation pour obstruer définitivement le couloir dont l’issue à l’extérieur était fermée par un bloc de revêtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s’élevait la chapelle, centre du culte funéraire, avec son sanctuaire, sa cour-péristyle, ses vestibules, ses magasins, et au delà, de petites pyramides recouvraient la dépouille mortelle des membres de la famille royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carrée, entourait cet ensemble et l’isolait du terrain environnant; une allée couverte descendait de la porte de la chambre funéraire vers la vallée, jusqu’à un monument qui servait de portique d’entrée et qui atteignait parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses énormes piliers de granit rose et ses murailles d’albâtre.

Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible, l’appareillage de la masse même du monument, est moins soignée, aussi s’est-il produit des tassements qui ont le plus souvent écrasé les appartements funéraires. Par contre la chapelle funéraire, toujours située sur la face est, prend plus d’importance, et son ornementation est l’objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrés sont remplacés par d’élégantes colonnes à chapiteaux palmiformes ou papyriformes; dans les principales pièces, le sol et les soubassements sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d’une facture très délicate. Ces tableaux représentent les hauts faits du souverain, ses expéditions, l’hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le roi à la pêche ou à la chasse, et l’image des dieux sous la protection spéciale desquels il se place. Quant à la disposition générale, elle est toujours la même; le portique situé au bord de la vallée donne accès à l’allée couverte qui monte directement à la grande cour entourée d’une colonnade, la partie publique du temple funéraire; plus loin les salles des statues, les magasins, et une série de petites chambres conduisent, après plusieurs détours, au sanctuaire où se dresse, contre la pyramide elle-même, la grande stèle fausse-porte par laquelle le double du roi était censé pouvoir sortir de son tombeau et venir bénéficier des offrandes qu’on lui apportait.