Une innovation très importante date du règne d’Ounas, le dernier roi de la Vme dynastie; sans rien modifier à la disposition et à la construction de la pyramide ou de la chapelle funéraire, Ounas, le premier, songea à faire graver sur les parois absolument nues des caveaux souterrains où devait être enfermée sa momie les textes religieux qui pouvaient lui être utiles dans l’autre monde. Ce qui devait survivre à un homme après sa mort, ce n’était guère, croyait-on à cette époque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, étant d’une essence supérieure, a en lui quelque chose des dieux dont il descend et qu’il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il possède donc une âme divine, mais pour que cette âme puisse s’identifier aux dieux et devenir dieu à son tour, il faut qu’elle soit instruite de sa nature divine et qu’elle soit à même d’en profiter et de se présenter dignement devant ses pairs. Certains textes sacrés peuvent lui rendre ce service: ces textes se trouvent dans les recueils où les prêtres héliopolitains ont rassemblé toutes les vieilles formules magiques ou religieuses du pays, recueil précieux qui nous laisse entrevoir le fond de la pensée égyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans lequel ils vivent, en même temps qu’ils nous renseignent sur les origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y firent des emprunts plus abondants encore et les gravèrent jusque dans les couloirs d’accès. C’est à peu près tout ce qui reste de leurs pyramides qui ne forment plus que d’immenses tas de décombres; les chapelles funéraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les suivirent, ceux de l’époque féodale, ils ne sont pas parvenus jusqu’à nous.
Sculpture
L’idée de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait portés de très bonne heure à rechercher tous les moyens d’éviter un anéantissement complet de leurs personnes; de là le développement incroyable de l’architecture funéraire qui prend dès ses débuts une importance beaucoup plus considérable que l’architecture civile ou même religieuse. De là aussi la naissance de la statuaire qui, à son origine, est absolument indépendante de l’architecture et se développe parallèlement à ce dernier art et avec non moins de succès.
Le Ka ou double, comme il a été dit plus haut, était une sorte de corps spirituel, exactement semblable comme forme au corps matériel de l’homme et capable de survivre à celui-ci pendant un temps illimité, à condition toutefois d’avoir un support qui pût fixer son essence impondérable et lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double était le corps embaumé avec plus ou moins de soin et préservé ainsi de la pourriture; mais cette momie restait néanmoins bien fragile, aussi imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaçant plus solide pour le cas où elle viendrait à être détruite. On prit donc l’habitude de déposer dans le tombeau, que ce fût celui d’un roi ou celui d’un simple particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que possible à sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent de dimensions plus modestes. Le personnage qu’elle représente est debout, une jambe en avant, agenouillé ou accroupi à la manière des scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les mains sur les genoux. Souvent il est accompagné de sa femme, assise ou debout à côté de lui et même parfois d’un ou deux de ses enfants; ces groupes sont de vraies scènes de famille, d’une intimité charmante.
Les statues memphites, à part les plus anciennes qui sont d’une facture encore un peu malhabile, sont l’œuvre de praticiens parfaitement sûrs de leur métier et capables de donner l’expression voulue à leurs figures, quelle que soit la matière qu’ils ont à travailler, bois, albâtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu’ils cherchent, c’est à rendre fidèlement la nature et à donner en même temps l’impression de vie, de calme et de sérénité; ils ne fixent pas un aspect passager de leur modèle, ils en font en quelque sorte une synthèse; ils ne l’idéalisent pas, ils l’éternisent pour ainsi dire, et avec raison, car leur œuvre ne doit pas être un objet d’admiration pour le monde, mais le support même d’un être vivant enseveli à jamais dans le tombeau, loin des regards des hommes.
Pour donner plus de naturel à ces statues, on les peignait, celles du moins qui ne sont pas taillées dans des matières de grand luxe. Parfois le travail est également soigné de la tête aux pieds, mais il arrive souvent que les membres inférieurs sont un peu négligés au profit du haut du corps sur lequel se reporte toute l’attention du spectateur. La tête est toujours plus poussée que le reste et acquiert une importance toute particulière; les deux yeux, le plus souvent rapportés et formés d’une pierre blanche avec pupille en métal sous une cornée de quartz, dans un sertissage de bronze, donnent à la figure une vie, une expression, un éclat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et de Nofrit, le scribe du Musée du Caire, celui du Louvre, sont des chefs-d’œuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de l’art de tous les temps et de tous les pays.