La composition est toujours claire et bien ordonnée, équilibrée de manière à donner à l’ensemble un caractère décoratif; les vides qui se présentent naturellement entre les figures et au-dessus d’elles sont remplis au moyen de courtes inscriptions hiéroglyphiques qui expliquent la scène, en même temps qu’elles ajoutent à l’homogénéité du monument.
Les sculpteurs de bas-reliefs n’étaient pas des artistes créateurs, mais de simples artisans bien au courant de leur métier et doués souvent d’une réelle originalité. Ils avaient à leur disposition un certain nombre de modèles pour toutes les scènes qu’ils pouvaient avoir à représenter et n’avaient plus qu’à les adapter à la place dont ils disposaient, à les augmenter ou à les diminuer en supprimant ou en ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre traditionnel, donner libre cours à leur imagination et enrichir leurs tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scène donnée, le motif est toujours le même, l’interprétation toujours différente, et c’est ce qui donne un charme tout particulier à ces successions de tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque tapisserie, harmonieuse dans l’ensemble et dans le détail.
Peinture
La polychromie était de règle pour la statuaire; il en était de même pour les bas-reliefs qui devaient tous être peints de couleurs vives. Dans les tombeaux très anciens, comme ceux de l’époque de Snefrou, qui sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mêmes scènes que nous avons l’habitude de voir sculptées et enluminées dans les autres tombes de l’Ancien Empire. La manière primitive de décorer ces monuments était donc, à n’en pas douter, la peinture, et le bas-relief coloré n’est que le développement normal de celle-ci, résultant du besoin de la rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dégageant du fond chaque figure, chaque objet représenté; le bas-relief, avant de devenir un art en soi, n’était que le support de la peinture. Rien de plus naturel dès lors que de retrouver dans les scènes peintes les mêmes compositions que dans les reliefs, avec les mêmes variantes d’interprétation. Les procédés sont très simples: les couleurs minérales délayées dans de l’eau, additionnée d’une sorte de gomme, sont étendues en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d’un pinceau; un trait plus foncé sertit les figures; les détails étaient ajoutés après coup quand ils étaient plus foncés, réservés quand ils étaient blancs. Les peintures de Dahchour et de Meïdoum, qui datent du commencement de la IVme dynastie, nous montrent les artistes égyptiens déjà en pleine possession de leur métier, et il est certains de leurs panneaux qui sont pleins de vie, de mouvement et de délicatesse. Pendant un certain temps on négligea complètement la peinture pour la sculpture, et nous ne trouvons des tombeaux peints sur enduit qu’en province, presque jamais dans la capitale; ce n’est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau la décoration intérieure des sépultures.
Objets usuels
Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l’Ancien Empire résistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivés jusqu’à nous avec leur décoration peinte ou sculptée, dans un état de conservation très satisfaisant. Les violateurs de sépultures ne les ont cependant point épargnés; dans l’antiquité déjà ils les ont visités, ils sont descendus dans tous les caveaux funéraires, dans ceux des rois comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les plus sérieux, et ont pillé consciencieusement tout le mobilier funéraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune valeur pour eux furent laissées dans leur cachette, ainsi que les tables d’offrandes, grandes dalles sculptées devant la stèle fausse-porte. Les meubles, les armes, les outils, les vêtements, les bijoux, tous les objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par les représentations des reliefs et des peintures, représentations qui du reste sont souvent très suffisantes. Les seuls objets qui nous soient parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne présentent pas avec ceux de la période précédente des divergences très marquées.