Inscriptions

Depuis les dynasties thinites, époque où on ne l’employait qu’avec parcimonie, l’écriture a fait d’immenses progrès; elle est définitivement constituée, régularisée et ordonnée. C’est un instrument parfait en son genre, bien qu’un peu compliqué, capable d’exprimer toutes les nuances de la pensée, dans tous les domaines, et qui a en même temps un caractère décoratif très marqué permettant de l’employer à l’ornementation des monuments, soit isolément, soit à côté des représentations figurées, pour les compléter, les équilibrer et les expliquer. Quelques lignes d’hiéroglyphes, sur un objet quelconque, suffisent à faire de lui un objet d’art, tant cette écriture est belle par elle-même.

L’écriture hiéroglyphique, en même temps utilitaire et ornementale, avec ses combinaisons de caractères alphabétiques, syllabiques et idéographiques, paraît à peu près sur tous les monuments de l’Ancien Empire, dans les tombeaux en particulier où nous l’avons vue se mêler aux bas-reliefs, s’incorporer à eux. Ce sont en général de courtes phrases, mises dans la bouche des personnages représentés dans la scène; ainsi il n’est pas rare de voir un ouvrier dire à son voisin: «tâche de te dépêcher» ou: «fais attention à ce que tu fais»; un moissonneur boit à même une cruche de bière en s’écriant: «ah! que c’est bon!» ailleurs c’est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore inondé: «Le piocheur est dans l’eau, parmi les poissons; il cause avec le silure, il échange des saluts avec l’oxyrhinque.» En d’autres parties de la tombe, à l’entrée, et surtout sur la stèle fausse-porte, on trouve le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adressées à divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste d’offrandes disposée en tableau. Dans les souterrains des tombes royales on voit, à partir d’un certain moment, les longs textes religieux se dérouler en colonnes serrées, et couvrir d’immenses surfaces de parois. J’ai déjà parlé des inscriptions historiques ou plutôt biographiques où un haut fonctionnaire raconte les péripéties de sa carrière et qui sont si précieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes officiels, gravés sur pierre, des décrets du roi en faveur de certains temples, instituant des privilèges spéciaux, et nous aurons une idée générale de ce qu’il y avait sous l’Ancien Empire en fait d’inscriptions monumentales.

Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques, médicaux, théologiques ou littéraires et sans doute aussi déjà pour la correspondance, on employait une autre matière que la pierre et une autre écriture que les hiéroglyphes. Les tiges de papyrus décortiquées, développées et écrasées, fournissaient des feuilles qui étaient pour les Egyptiens ce qu’est pour nous le papier, feuilles qu’on réunissait bout à bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d’un roseau taillé en pointe ou en pinceau, on y écrivait à l’encre en caractères cursifs qui sont une abréviation des hiéroglyphes et auxquels nous donnons le nom d’écriture hiératique. Cette écriture est disposée soit en colonnes verticales, soit en lignes horizontales écrites de droite à gauche. Vu la fragilité de la matière employée, il ne nous est parvenu que bien peu de manuscrits de l’Ancien Empire, assez toutefois pour que nous puissions juger que la méthode employée ne différait en rien de celle des époques postérieures.

C. CIVILISATION

Royauté et Gouvernement

Bien que fils des dieux et dieu lui-même, le roi d’Egypte n’est pas, comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus à donner tous ses soins à ce qui doit être la grande œuvre monumentale de son règne, la construction de son tombeau. Il s’occupe activement et personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-même toute l’administration, choisit les fonctionnaires, récompense les plus méritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activité bienveillante et semble être vraiment, pour l’Ancien Empire tout au moins, le «dieu bon», selon une des épithètes qu’on lui décerne le plus fréquemment. A côté de cela il trouve encore le temps de s’occuper de science et de composer lui-même des ouvrages de médecine ou de théologie. A l’exemple de leur père, les princes ne restent pas inactifs, ils font l’apprentissage du pouvoir en occupant dès leur jeune âge des postes importants dans l’administration.

La maison du roi se compose d’une foule d’officiers de toute sorte, préposés les uns à la toilette, aux vêtements, aux parfums, les autres à la nourriture ou à la boisson, et de prêtres spéciaux attachés à la personne royale, ainsi que d’une garde du corps.

Le roi n’est pas seul à assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une administration compliquée et d’origine très ancienne; les fonctionnaires sont nombreux et se présentent à nous chacun avec une série de titres dont nous ne parvenons pas à découvrir l’exacte signification, mais qui montrent qu’un individu pouvait cumuler des charges de natures très diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui entouraient le roi de plus près et dont les tombeaux sont voisins du sien, les vizirs, les grands juges, les grands prêtres, les fonctionnaires de l’administration centrale. A côté et au-dessous d’eux il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L’ancienne division politique du pays en clans ou tribus avait donné naissance, une fois l’œuvre d’unification accomplie, à un certain nombre de provinces ou nomes qui eurent chacun son administration propre, sous le contrôle du pouvoir central. Sous des rois dont l’autorité s’exerce sans contestation, cette organisation intérieure doit avoir ses avantages, mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que favoriser le démembrement du pays; nous avons vu que c’est en effet ce qui arriva: la naissance et le développement progressif de la féodalité, puis les rivalités des familles les plus puissantes et les luttes intestines, amenèrent la fin de l’Ancien Empire.