Le haut gouvernement des nomes était donc un pouvoir féodal, très probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs de tribus. Quant à l’administration proprement dite, elle n’était pas le privilège d’une caste spéciale, mais était ouverte à tous; il suffisait d’avoir une bonne instruction, d’être scribe, de se montrer intelligent et habile, pour pouvoir atteindre à n’importe quelle fonction. Nous avons l’exemple de personnages d’humble extraction commençant par les charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes positions du royaume.

Les prêtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes les classes de la population et ne formaient pas une caste à part. Le roi était de droit souverain pontife de tout le pays et les grands seigneurs héréditaires étaient en même temps les grands prêtres des sacerdoces de leurs nomes.

Nous avons donc, dans l’Egypte de l’Ancien Empire, un mélange extrêmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une monarchie absolue et théocratique, au-dessous une aristocratie héréditaire, féodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces que pour l’ensemble du pays, une administration accessible à tous, tenant en même temps de la démocratie et du mandarinat et ayant un caractère sacerdotal très marqué. Comment fonctionnaient tous ces rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres? Nous ne pouvons nous en rendre compte d’une manière très précise, mais les résultats montrent que ce système de gouvernement n’était pas mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs siècles que dura l’empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel Empire avec certaines modifications.


Relations extérieures

Les objets remontant à l’Ancien Empire sont si peu nombreux qu’il ne faut pas s’étonner si l’on n’en retrouve pas qui portent la marque d’une importation étrangère. Les relations commerciales avec les pays environnants, par terre comme par mer, ne s’étaient cependant pas interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d’encens en Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l’encens ne pouvant provenir que du sud de l’Arabie, de la côte des Somalis, du pays de Pount, comme on appelait ces régions, il devait donc arriver en Egypte par la Mer Rouge. Les mines du Sinaï ne sont pas assez riches en cuivre pour avoir pu fournir tout celui qu’on employait sous l’Ancien Empire, aussi est-il des plus probable que déjà à ce moment-là on le faisait venir de Chypre, comme aux époques suivantes. Le commerce, plus facile encore avec la Syrie, était sans doute plus développé de ce côté-là. Les pharaons avaient du reste sur cette contrée, ou du moins sur sa partie méridionale, certaines prétentions de suzeraineté, et nous les avons vus y envoyer à diverses reprises des expéditions armées. Le plus souvent ces expéditions remportaient des succès sur les indigènes et ramenaient un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d’échange, mais parfois aussi elles échouaient piteusement, et se faisaient massacrer dans un guet-apens.

Le Soudan et la Nubie n’étaient pas encore soumis, mais le gouvernement égyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces régions, les considérait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de petites expéditions à demi militaires, à demi commerciales, chargées de recueillir l’allégeance des chefs et si possible un tribut, d’assurer la sécurité des routes et le respect du nom de l’Egypte, et de faire aboutir des opérations fructueuses par voie d’échange. Ces expéditions étaient le plus souvent dirigées par les gouverneurs du sud, les résidents égyptiens à Eléphantine, qui avaient la garde de la frontière: ces hauts fonctionnaires s’appliquèrent à laisser à la postérité le récit plus ou moins détaillé de leurs diverses missions. Ainsi nous voyons Herkhouf s’acquérir la faveur du roi pour lui avoir ramené du centre de l’Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses bizarres: ce roi était Pepi II, alors encore un tout petit enfant.


Famille

Du haut en bas de l’échelle sociale, l’organisation de la famille a un caractère tout patriarcal, empreint de liberté, de bienveillance et d’intimité. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres qu’avaient entre eux époux, parents et enfants: on voit souvent la femme assise sur le même siège que son mari, ou debout à côté de lui, passant le bras autour de son cou tandis qu’il l’enlace étroitement et que les enfants se pressent autour d’eux. L’homme est le chef incontesté de la famille, il la dirige, la protège, la groupe autour de lui, sa vie durant; quant à la femme, elle jouit d’une position très privilégiée, en regard des autres femmes d’Orient: elle n’est pas enfermée dans un harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions, elle accompagne partout son mari comme une égale, non comme une inférieure, elle exerce une autorité morale toute spéciale sur les enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mêmes droits que les fils à l’héritage paternel.