Le Nil et ses dérivés fourmillent de poissons, dont la chair a été de tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de tous les pays, des engins qu’ils avaient perfectionnés et dont ils savaient tirer parti: d’abord la ligne, une ligne à main hérissée d’hameçons à son extrémité, mais sans canne ni flotteur, puis le petit filet à manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en osier qu’on déposait au fond de l’eau et qu’on relevait de temps en temps. La pêche la plus productive était fournie par la seine, le grand filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu’on traînait à grand renfort de bras dans des cours d’eau ou des étangs, de manière à ramasser tout le poisson. Sitôt sortis de l’eau, les poissons étaient ouverts, vidés, salés et étendus ou suspendus au soleil pour être séchés.

Le nombre des animaux ainsi domestiqués s’accroissait sans cesse tant par la reproduction naturelle que par l’apport de nouveaux individus pris à la chasse. Nous venons de voir les oiseaux élevés en basse-cour, nourris de grains ou engraissés au moyen de boulettes qu’on leur introduisait de force dans le bec. On employait le même procédé pour certains bestiaux de choix élevés à part des autres dans des fermes, bœufs ou antilopes qu’on empâtait ainsi avec des aliments fabriqués au fur et à mesure, parfois même des hyènes qu’on était obligé d’attacher par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des oies rôties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous paraître, que sous l’Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs menus, mangeaient parfois de la chair d’hyène.


Elevage

La grande masse du bétail vivait presque en liberté sous la garde de bergers dans les terrains situés au delà des cultures, qui n’avaient pas encore, comme aujourd’hui, absorbé tout le sol de la vallée; ces animaux étaient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches pour les traire, et quant aux bœufs et taureaux, lorsqu’il s’agissait de les capturer, on devait employer le lasso. De temps à autres, les propriétaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement faisait de son côté procéder tous les deux ans au dénombrement général des bestiaux, sur lesquels le roi prélevait sans doute une forte dîme; cette opération était même considérée comme des plus importantes, car elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, à cette époque, «l’an 6 de tel roi», mais «l’année qui suit le 3e compte de bestiaux de tel règne». A côté des bœufs et des vaches, il y avait encore dans ces domaines ruraux du petit bétail, des chèvres et des moutons; quant aux ânes, qu’on réunissait aussi en troupeaux, comme on les employait fréquemment à toutes sortes de travaux, il est probable qu’on les gardait à proximité des habitations plutôt que dans les pâturages.

A côté de l’élevage, l’agriculture était en plein développement, et les tableaux qui représentent des scènes de la vie des champs sont nombreux dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil était soigneusement observée et enregistrée dans les documents officiels; c’est donc qu’on avait reconnu l’importance des irrigations, desquelles dépend la fertilité du pays. Il est très probable que c’est de cette période que datent les premiers de ces canaux qui apportent l’eau sur tous les points de la vallée, et les digues qui la retiennent pour laisser déposer le limon.