Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfèvres de la XIIme dynastie sont arrivés à un degré de perfection qui ne sera plus dépassé et qui fait encore l’admiration de tous les spécialistes; ils taillent et calibrent les pierres avec la plus grande précision, fondent et cisèlent les métaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est le bijou ciselé, ajouré et champlevé, avec incrustations de pierres telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du bijou est toujours digne de son exécution, qu’il s’agisse d’un minuscule hiéroglyphe servant d’élément de collier, d’un pectoral pouvant être considéré comme un vrai bas-relief historique en miniature, d’une garde de poignard ou d’un diadème représentant une couronne de fleurs naturelles.
C. CIVILISATION
Royauté
La première monarchie thébaine a un caractère très différent de celui des dynasties memphites, qui était, comme nous l’avons vu, essentiellement pacifique; de simples nomarques qu’ils étaient, les princes de Thèbes avaient acquis le pouvoir suprême au prix de longues luttes. Il était donc bien naturel qu’ils continuassent à faire de l’armée leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive, ils l’employassent à pacifier les contrées avoisinantes et à étendre les frontières de l’Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, à proprement parler, des conquérants, mais des souverains dont le but est d’assurer le tranquille développement de leur pays en tenant en respect leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposés à faire des incursions dans la riche vallée du Nil, et en créant sur le point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifiée. Sitôt que cette activité militaire se ralentit, comme cela semble avoir été le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du moins. Il faudra de longs siècles aux vrais Egyptiens pour les chasser et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera cause de l’avènement des grands conquérants de la XVIIIme dynastie.
Pour assurer la transmission régulière des pouvoirs royaux de père en fils et éviter les compétitions possibles, Amenemhat I, dans les dernières années de son règne, associa au trône son fils Senousrit I qui fut chargé de diriger l’armée et les expéditions en dehors de l’Egypte, tandis que le vieux souverain continuait à s’occuper de la politique intérieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et prirent à un moment donné leur héritier présomptif comme co-régent.
Gouvernement
Le système féodal ne disparut pas dès l’avènement de la XIIme dynastie; les princes des nomes, reconnaissant l’autorité supérieure et la suzeraineté du roi, continuèrent à administrer comme auparavant leur province, sur laquelle ils avaient des droits très étendus: le peuple des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait être réquisitionné pour toutes sortes de corvées, spécialement pour les gros transports et les constructions; de lourdes redevances pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants des villes jouissaient d’une plus grande liberté, tout en étant aussi sous l’autorité directe du nomarque; dans ces cités se groupaient les artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens d’une classe très supérieure au menu peuple des campagnes. Une légion d’employés, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement délimitée, veillait au bon fonctionnement de ces petits états, dont le prince payait au roi une redevance régulière et lui fournissait des troupes exercées, sur une simple réquisition; il avait sans doute à ses côtés un représentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il était presque entièrement entre les mains du pouvoir central.