Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation s’opérait peu à peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques disparaissent ou tout au moins leur rôle est si effacé qu’on ne les voit plus paraître. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente considérablement; ce sont eux maintenant qui sont chargés non seulement de la justice, mais de toute l’administration civile et militaire, qui perçoivent les redevances, tiennent constamment à jour les registres de la population, du bétail et du cadastre, institution nécessaire dans un pays comme l’Egypte, soumis aux empiétements d’un fleuve dont le cours n’est pas encore définitivement fixé.


Relations extérieures

Nous avons vu la conquête de la Nubie, l’occupation des Oasis, la pacification des contrées désertiques bordant l’Egypte et les campagnes en Syrie; toutes ces opérations, qui furent la préoccupation constante des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour résultat le développement du commerce, favorisé par la tranquillité et la sécurité régnant aux abords de l’Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc dans la vallée du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de plus, les expéditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d’où l’on tirait l’encens, l’ivoire et d’autres objets précieux, paraissent être devenues plus fréquentes, tant par eau, le long des côtes de la Mer Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l’Abyssinie. Il en est de même pour les relations avec les îles grecques: la poterie dite de Kamarès, qui provient certainement de ces régions se retrouve parfois dans des tombes de la XIIme dynastie, et réciproquement on rencontre souvent en Crète, en Grèce et jusqu’en Etrurie des objets appartenant au premier empire thébain.

Les marchandises importées en Egypte étaient surtout des matières premières, et tout particulièrement les métaux, comme par le passé; en échange, les Egyptiens livraient à leurs voisins toute sorte d’objets ouvrés, et aussi du grain. Nous savons par les récits bibliques que la vallée du Nil était un peu le grenier du monde oriental, et que dans les années de disette ce n’était guère que là qu’on pouvait aller s’approvisionner. C’est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre les patriarches qui, après avoir mené la vie des nomades en Palestine, finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir en Egypte pendant le règne de la XIIme dynastie, et c’est presque un tableau de son arrivée avec sa famille et ses serviteurs, que cette peinture célèbre de Beni Hassan, où l’on voit des fonctionnaires égyptiens amener à leur prince une tribu de nomades sémites, avec leurs lourds costumes bariolés, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages et apportant avec eux de l’antimoine et d’autres produits qu’ils cherchent sans doute à échanger. L’arrivée de Joseph en Egypte, son élévation aux plus hautes dignités et l’installation de sa famille au pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifiée d’Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons savoir au juste lequel. Les noms égyptiens que donne le texte hébreu peuvent être rapprochés de certains noms qui étaient en effet employés sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l’a cru pendant longtemps, la transcription de noms saïtes, ce qui forcerait à reporter la composition même du récit biblique à une très basse époque. Toute cette série de récits constitue pour nous un précieux document pour la connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins.


Vie privée

Il n’y a pas lieu de revenir sur l’organisation de la famille, pas plus que sur les conditions de la vie privée qui continuent à être les mêmes, à peu de chose près, que sous l’Ancien Empire. La nourriture aussi est la même, ainsi que la manière de manger, et on attache toujours autant d’importance aux soins de propreté. Une petite différence se remarque dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent à porter le petit pagne court, celui des personnages de qualité s’allonge et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu’aux mollets ou même jusqu’aux chevilles; le grand manteau est d’un usage fréquent, comme si le climat s’était refroidi, ce qui est du reste peu probable.

Nous connaissons les villes où habitaient les ouvriers et qui ont été retrouvées au Fayoum, avec leurs petites maisons serrées les unes contre les autres, avec leurs étroites rues droites; nous avons aussi des modèles en terre cuite des maisons où vivaient les gens d’une classe un peu supérieure: une cour entourée d’un mur, au milieu de laquelle se trouvait un étang, précédait l’habitation, qui était elle-même de dimensions assez restreintes; un péristyle à colonnes s’ouvrait largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrière cette galerie. L’escalier extérieur montait à la terrasse où aboutissaient les grandes bouches à air destinées à la ventilation des appartements et sur laquelle parfois de petites chambres étaient construites ([fig. 176]). Il ne nous est resté aucune trace des palais royaux ni de ceux des grands seigneurs.