La prise de la forteresse d’Avaris, le dernier retranchement des rois hyksos dans le Delta, et l’expulsion définitive des souverains sémites marque la date la plus importante peut-être de toute l’histoire d’Egypte. Le grand mouvement national, après des siècles de luttes stériles, avait enfin trouvé dans les princes de la XVIIme dynastie des chefs capables de le mener à bien; leur triomphe inaugure une ère de gloire et de puissance telle que l’Egypte n’en avait jamais connu auparavant, et qui est l’apogée de l’empire pharaonique. Cette date, plusieurs historiens l’indiquent avec précision, mais leurs données sont loin de s’accorder, aussi me paraît-il plus prudent de donner ici encore des chiffres approximatifs et de placer l’expulsion des Hyksos et le début de la XVIIIme dynastie aux environs de l’an 1500.


XIIIe dynastie

Il n’y a aucune solution de continuité, pas même un changement de famille régnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule l’expulsion des Hyksos en marque la séparation, et le roi qui réussit à parachever la libération du sol égyptien, Ahmès, est en même temps le dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les fragments de Manéthon qui indiquent comme composant cette dernière dynastie 15 rois ayant régné 259 ans en tout, non compris Ahmès, considéré ici comme appartenant au groupe précédent, contiennent diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains sont dédoublés tandis que d’autres sont réunis sous un seul nom, mais les chiffres que donne Manéthon correspondent assez bien aux indications des monuments et leur total peut être considéré comme conforme à la réalité. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et avec un écart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C. Ahmès ne se borna pas à chasser les Hyksos d’Egypte; il les poursuivit jusque dans la Syrie méridionale et leur infligea une nouvelle défaite en s’emparant de la ville dans laquelle ils s’étaient réfugiés, et sans doute les extermina définitivement, car ils ne reparaissent plus dans l’histoire.

L’empire une fois reconquis, il s’agissait de le réorganiser, car les préoccupations militaires avaient sans doute absorbé, pendant le siècle qui venait de s’écouler, toute l’activité des rois nationaux. Ce fut la tâche du fils et successeur d’Ahmès, Aménophis I, qui s’en acquitta, pendant son court règne de 13 ans, à la satisfaction universelle, puisque après sa mort il fut divinisé non seulement de façon officielle, comme tous les rois, mais par le peuple même de sa capitale: lui et sa femme Ahmès Nofritari sont considérés comme les patrons de la nécropole thébaine pendant tout le début du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons en juger, ses successeurs continuèrent son œuvre et mirent tous leurs soins à augmenter le bien-être du pays.

Pendant ces longues luttes, l’Egypte était devenue une vraie puissance militaire; elle possédait une armée bien exercée qu’on ne pouvait laisser dans l’inaction. Cette armée n’était plus tout à fait la même que jadis, elle possédait un élément nouveau, la charrerie, et les Egyptiens avaient rapidement perfectionné cette arme, dont ils devaient la connaissance aux rois hyksos, et qui était déjà depuis longtemps en usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attelés de deux chevaux combattaient de loin avec leurs flèches et leurs javelines, et le choc de leurs escadrons compacts pouvait décider du sort des batailles. L’infanterie était aussi mieux armée, le métal ayant partout remplacé le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n’étaient plus à moitié nus comme autrefois, mais vêtus de cottes capitonnées et de bonnets rembourrés qui les préservaient dans une certaine mesure.

Aménophis I avait déjà employé son armée pour de petites expéditions de frontières contre les Libyens et les nègres, mais ce fut son fils Thoutmès I qui inaugura l’ère des grandes conquêtes; il envahit la Syrie et la soumit en grande partie, jusqu’à l’Euphrate, où il posa des stèles-frontières, puis il poussa avec ses armées très loin dans le Soudan, sans négliger pour cela d’entreprendre dans l’Egypte même des travaux importants. A sa mort, après une vingtaine d’années de règne, il ne laissait pour lui succéder qu’un fils né d’une femme qui n’était pas de souche royale, Thoutmès II, qui pour légitimer en quelque sorte son accession au trône, dut épouser sa demi-sœur Hatshepsou, en qui coulait un sang plus pur. Il continua l’œuvre de son père, mais n’eut qu’un règne très court. Après lui la couronne revenait à son très jeune fils Thoutmès III, né aussi d’une femme de race non royale; sa tante Hatshepsou profita de sa minorité pour s’emparer de la régence, régna d’abord en son nom et à côté de lui, puis le relégua dans l’ombre et s’arrogea le titre de roi d’Egypte.

Sauf une grande expédition maritime au pays de Pount, expédition qui a du reste un caractère nettement commercial et politique et aucunement militaire, Hatshepsou concentra toute son activité sur l’Egypte elle-même, qu’elle administra sagement, avec le concours de ministres d’une réelle valeur, s’appliquant à faire disparaître les dernières traces du néfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et en construisit d’autres, comme celui de Deir el Bahari, qui était consacré à son culte funéraire et qui, étant une des œuvres artistiques les plus remarquables de la dynastie, perpétue, aussi bien que le grand obélisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener à bien l’œuvre intérieure des rois ses prédécesseurs, la réorganisation du pays.