XIXe dynastie
Le successeur d’Horemheb, Ramsès I, un ancien grand vizir qui n’était sans doute pas apparenté à la famille royale, ne fit qu’une très courte apparition sur le trône, vers 1250 probablement. Son fils Séti I est à tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il consacra toutes les premières années d’un règne dont nous ignorons la longueur, et qui dura peut-être un demi-siècle, à reprendre les colonies asiatiques que possédait l’Egypte avant la crise des rois hérétiques. Horemheb avait déjà rétabli son autorité sur la Nubie, et il lui suffit d’une très brève campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance, puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu’il traversa triomphalement du sud au nord, écrasant à plusieurs reprises les indigènes qui avaient repris leur indépendance, et il atteignit les confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de Babylonie et d’Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expédition contre les tribus libyennes du désert enleva à celles-ci toute velléité de faire des incursions dans la vallée du Nil. L’Egypte avait en apparence, et pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Séti pouvait s’occuper en paix de travaux intérieurs; il nous est parvenu des témoins très remarquables de cette activité parmi lesquels figurent son tombeau, le temple d’Abydos et surtout la grande salle hypostyle de Karnak, sur les parois extérieures de laquelle il fit sculpter en tableaux immenses les péripéties de ses campagnes.
De tous les anciens rois d’Egypte, le seul dont l’humanité ait conservé un souvenir vivant est Ramsès II, fils de Séti I, qu’on confond volontiers avec le légendaire Sesostris, et qui jouit en somme d’une réputation très supérieure à son œuvre. Il eut un très long règne, construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s’appropria sans le moindre scrupule tous les monuments de ses prédécesseurs, effaçant même parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n’y a-t-il guère de site antique en Egypte où l’on ne trouve son nom. Dès le début de son règne il eut à lutter, dans les provinces asiatiques de son empire, contre un royaume devenu progressivement très puissant et qui occupait une grande partie de l’Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut habilement jouer d’un succès qu’il remporta dans sa première campagne et où sa valeur personnelle avait décidé de la victoire; sur la façade de tous ses temples, il fit sculpter cet épisode accompagné d’un poème dithyrambique, le fameux poème de Pentaour, et acquit ainsi une auréole de gloire qui est, sinon imméritée, du moins un peu surfaite. En effet, son succès ne devait pas être décisif, et nous voyons Ramsès, quelques années plus tard, conclure avec ces mêmes rois hittites un traité dont il fait de nouveau très grand état et qui, à tout prendre, met sur un pied d’égalité les deux parties contractantes au lieu d’assurer la supériorité de l’Egypte. Ramsès sut du reste, semble-t-il, maintenir l’intégrité de ses états, et l’orage qui s’approchait de ses frontières n’éclata qu’après sa mort.
Un grand mouvement se préparait en effet contre l’Egypte; avec l’appui des tribus libyennes cantonnées dans le désert, dans la Cyrénaïque et peut-être plus loin encore, du côté de la Tunisie, certains peuples du nord, venant des îles grecques et de la côte d’Asie Mineure, traversèrent la mer, débarquèrent et tentèrent d’envahir la vallée du Nil, dont le souverain était en ce moment Menephtah, le soi-disant pharaon de l’Exode. Ce roi était le trentième fils de Ramsès II, auquel il succéda étant lui-même déjà presque un vieillard, inhabile à conduire des armées. Les généraux auxquels il délégua ses pouvoirs se comportèrent vaillamment et repoussèrent l’invasion; plus tard, ils firent une campagne victorieuse en Syrie, pays également menacé par les ennemis de l’Egypte, et qui n’était sans doute déjà plus vassal des pharaons, à en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des habitants de la contrée, qu’il ne considère plus comme des sujets ou des rebelles, mais comme des adversaires indépendants. Pendant quelques siècles, la monarchie égyptienne avait fait de brillantes conquêtes et les avait défendues âprement, mais elle n’avait pas le caractère d’une puissance expansive et ses colonies asiatiques lui échappèrent sans que nous puissions bien nous rendre compte de quelle façon. Désormais l’Egypte sera réduite à son territoire africain, et si quelques rois, d’un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expéditions lointaines, leurs succès ne seront jamais que momentanés et n’auront aucun lendemain.
Ces victoires devaient être les derniers moments de gloire de la XIXme dynastie, et la fin du règne de Menephtah se perd dans l’oubli; ses successeurs, Seti II, Amenmesès, Taousert, Siphtah ne sont guère pour nous que des noms, des êtres sans consistance historique. Peu à peu, sous eux, l’Egypte était tombée en pleine anarchie; des hordes syriennes s’étaient abattues sur le pays et le rançonnaient sans pitié. La décadence était complète au XIme siècle avant notre ère.