XXe dynastie

L’Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares, grâce à la valeur et à l’opiniâtreté de Setnekht et de Ramsès III, les fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois de la XIXme, rétablit l’ordre dans le pays même, mais mourut après un très court règne, laissant le trône à son fils Ramsès III. La coalition des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de Menephtah, s’était reformée et devenait de nouveau menaçante; c’était une vraie émigration de nations entières qui se dirigeaient vers l’Egypte en suivant la côte de la Syrie et de la Palestine; Ramsès les attendait près de la frontière et les défit une première fois, mais ils revinrent à la charge trois ans après et, dans la même journée, leur flotte fut anéantie par celle du roi d’Egypte et leur armée repoussée définitivement; cette fois-ci, les Libyens s’étaient mis aussi en campagne et, Ramsès, immédiatement après sa victoire dans l’est, se retourna contre eux et leur infligea à eux aussi une défaite retentissante. Il n’avait plus rien à craindre du dehors et fut assez sage pour ne pas passer de la défensive à une politique offensive; il se consacra donc exclusivement au bien-être et au développement de son pays, où la paix et la sécurité régnaient de nouveau. Il édifia des monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protégea le commerce et l’industrie et combla les temples de richesses. Grâce au grand papyrus Harris, qui contient l’énumération de ses dons et un résumé historique de son œuvre, nous sommes admirablement renseignés sur son règne. Ramsès III cherchait en tout à imiter son illustre ancêtre et homonyme Ramsès II; si son règne fut de moitié plus court, trente-trois ans à peine, l’œuvre qu’il accomplit pendant ce temps est supérieure, semble-t-il, à celle de son célèbre modèle, et elle eût été vraiment durable s’il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement ceux-ci se montrèrent aussi incapables que les successeurs de Ramsès II et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les neuf rois qui se succèdent à des intervalles plus ou moins longs et qui portent tous le nom glorieux de Ramsès sont comme les rois fainéants entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur personnelle, absolument dépendants des prêtres d’Amon; ceux-ci avaient repris la place prépondérante que Khounaten avait cherché à leur enlever, cependant les rois représentaient encore le lien traditionnel qui assurait l’unité de l’Egypte, menacée de tous côtés par des ambitieux désireux de s’arroger une partie du pouvoir suprême.

La dislocation du pays commença en effet dès la disparition du dernier de ces princes, Ramsès XII, détrôné sans doute par le grand prêtre Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rênes du pouvoir et voulait porter lui-même la couronne. Une ère nouvelle commence, celle du morcellement de l’Egypte, assez semblable en principe à la période féodale qui sépare l’Ancien du Moyen Empire, à cette différence près que ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les autres, s’unissent par des mariages et se repassent sans dispute la prééminence, suivant que l’une ou l’autre des familles a plus de puissance sur le moment. Il semble que l’Egypte soit épuisée par son effort politique et militaire et qu’elle se recueille, attendant des jours meilleurs qui du reste ne pourront être aussi glorieux que par le passé; pendant le début de cette période qui reste encore confuse, bien qu’elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi sérieux, venant du dehors, ne menace l’Egypte, mais aucun roi ne domine les autres par ses actes ou par ses capacités. Cette époque est une époque de médiocrité à tous les points de vue, pendant laquelle la civilisation, comme les arts, végète sans se développer, et qui dura de trois à quatre siècles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau d’ensemble, chose qui n’est pas encore possible, les éléments étant insuffisants, et nous devons nous borner à suivre la classification de Manéthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d’après lui former un tout indépendant, tandis qu’en réalité elle est intimement liée aux autres, dans un enchevêtrement bien difficile à débrouiller.


XXIe dynastie