Avec Hrihor, les grands prêtres d’Amon s’étaient, comme cela devait fatalement arriver, élevés sur le trône d’Egypte, mais à peine y furent-ils qu’ils se trouvèrent en face de compétiteurs qui n’étaient point négligeables: ceux-ci, moins puissants peut-être que les rois-prêtres qui occupaient Thèbes, avaient pour eux leur naissance, étant parents très rapprochés des souverains déchus. Leur centre était à Tanis, à l’extrême nord-est du Delta, une ville à laquelle Ramsès II avait donné une grande importance comme boulevard de l’Egypte du côté de la Syrie. Ces rois, Smendès, Si-Amon, les Psousennès, firent avec ceux de Thèbes une sorte de compromis et vécurent en bons termes avec Hrihor comme avec ses descendants, les Pânkhi, les Pinodjem, les Masaherta, dont plusieurs du reste se contentèrent de leur titre de grand pontife tandis que d’autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thébaine.
XXIIe dynastie
La force militaire des grands conquérants, dès la XVIIIme dynastie, réside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu’ils prenaient à leur service, nègres, Shardanes et Libyens, races qui toutes étaient plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces étrangers défenseurs de l’Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place prépondérante, et ses chefs une haute position à la cour, puisqu’ils entrèrent même par des mariages dans la famille royale; un descendant de ces chefs, résidant à Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-être au moment même où Hrihor et Smendès se proclamaient rois chacun de son côté. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq, des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut généralement plus puissante que les autres familles régnantes et nous a laissé beaucoup plus de monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis; souvent même ces rois occupèrent Thèbes, y installèrent des grands prêtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le grand temple d’Amon; cependant nous ne voyons pas qu’il y ait jamais eu de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatérales. Le fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des velléités conquérantes et fit campagne en Judée: c’est le Sisak de la Bible, qui vainquit Roboam et pilla Jérusalem. Certains de ses successeurs, comme Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille à partir avec les Juifs, mais à part cela leurs règnes ne renferment aucun événement vraiment digne de mémoire.
XXIIIe dynastie
Quand la première famille de rois tanites, la XXIme dynastie, s’éteignit, une autre famille de même origine prit possession de son trône, mais ne laissa dans l’histoire qu’une trace insignifiante. Elle régna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A cette époque se place un événement important, la conquête de l’Egypte entière par le roi éthiopien Piânkhi Meri-Amon. Ce prince, qui descendait des anciens rois d’Egypte et qui se considérait comme leur légitime successeur, rêvait d’une restauration du royaume des pharaons tel qu’il était à la grande époque. Il descendit le Nil avec une flotte et une armée, s’empara successivement de toutes les villes et de toutes les places fortes d’Egypte, malgré la résistance opiniâtre des derniers rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de Tafnekht, roi de Saïs et d’une série de petits roitelets, qui tous durent finir par se soumettre et le reconnaître comme leur suzerain. Il rendit lui-même solennellement hommage aux dieux de l’Egypte, mais ne s’attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, à Napata, au fond du Soudan.