XXIVe dynastie

Le plus opiniâtre des adversaires de Piânkhi, Tafnekht, roi de Saïs, s’arrogeait déjà, comme du reste les autres princes ses contemporains, le protocole complet des rois d’Egypte. Son fils et successeur, Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus étendu et régna même quelques années sur le pays entier, constituant à lui seul l’éphémère XXIVme dynastie saïte. C’était un sage et un législateur, sur le compte duquel la postérité racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en Syrie, de s’opposer à la marche victorieuse de Sargon, roi d’Assyrie, mais fut battu et dut s’estimer heureux que son royaume n’eût pas à subir l’invasion. Peu après il fut attaqué, vaincu et mis à mort par le roi éthiopien qui régnait encore à Thèbes, Sabacon.


XXVe dynastie

Piânkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laissé le royaume reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui résidèrent à Thèbes, mais qui n’eurent qu’une autorité très limitée jusqu’au jour où l’un d’entre eux, Sabacon, se trouva maître de nouveau de tout le pays par sa victoire sur Bocchoris. L’unité des deux royaumes pharaoniques semblait reconstituée, mais elle ne devait pas être de longue durée. Un ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu’avait jusque-là connus l’Egypte, le roi d’Assyrie, qui était déjà maître d’une bonne partie de la Syrie, s’avançait progressivement. La politique que suivirent à son égard les rois éthiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les autres princes égyptiens, ne fut pas très franche et varia presque d’une année à l’autre. Sabacon commença prudemment par payer tribut à ce puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha contre Sennakhérib, fut complètement battu, et l’Egypte n’évita l’invasion que grâce au mystérieux événement relaté par la Bible et par Hérodote, cette peste qui anéantit en une nuit l’armée assyrienne dans les environs de Jérusalem, à Lakish, en l’an 701. Peu après, Shabatoka fut détrôné et tué par son suzerain, le nouveau roi d’Ethiopie Taharqa, qui s’installa à sa place comme pharaon, et donna à l’Egypte quelques années de prospérité; ayant noué des intrigues avec les peuples syriens, il s’attira la colère d’Asarhaddon, roi d’Assyrie, qui cette fois pénétra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reçut l’hommage des princes du Delta, auprès desquels il établit des gouverneurs, en 670. Taharqa revint à la charge un peu plus tard, mais cette fois les armées d’Assourbanipal, qui venait de succéder à son père, pénétrèrent jusqu’à Thèbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse Egypte qui avaient profité de l’occasion pour se révolter de nouveau. Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser les Assyriens, reprit le pays jusqu’au Delta, puis finit aussi par être refoulé au delà de la cataracte, après que Thèbes eut été mise à sac. Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer que peu de temps, mais aucun roi éthiopien ne devait plus porter la double couronne d’Egypte.


XXVIe dynastie

Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et formaient ce que les Grecs appelaient la dodécarchie, ceux de Saïs avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la tête du mouvement, que ce mouvement fût dirigé contre les Ethiopiens ou contre les Assyriens. Néchao, le véritable fondateur de cette nouvelle dynastie saïte la XXVIme, avait déjà été reconnu par Asarhaddon, mais ce fut son fils Psammétique qui, profitant de la retraite définitive de Taharqa et de l’éloignement d’Assourbanipal, alors très occupé par sa guerre contre l’Elam, arriva en un temps relativement court à affranchir son pays de la domination étrangère, à en reconstituer l’unité et à lui assurer de nouveau de longues années de prospérité et de gloire, comme dans les beaux temps d’autrefois.