Ainsi que nous l’apprennent les historiens grecs, c’est en s’appuyant sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammétique I put obtenir ce résultat et réunir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats égyptiens, blessés de cette préférence non déguisée qu’il accordait aux soldats étrangers, l’abandonnèrent et s’expatrièrent, mais les autres furent vite enrégimentés de nouveau. La puissance militaire de l’Egypte était reconstituée, et le nouveau roi chercha d’abord à expérimenter sa force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre système, celui de fortifier ses frontières au nord-est et au sud pour pouvoir s’occuper activement de réorganiser son royaume; son long règne lui permit de mener à bien cette besogne.

Le royaume d’Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammétique, Néchao II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons conquérants; son expédition fut d’abord couronnée de succès, mais après une défaite terrible qui lui fut infligée à Carchemis par le roi de Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l’Egypte où son vainqueur n’osa le poursuivre et il se voua, à son tour, au développement intérieur de son royaume. Il s’occupa aussi activement de sa marine, et c’est sur son ordre qu’eut lieu le fameux périple, le voyage d’une flotte égyptienne autour de l’Afrique, partant de la mer Rouge pour revenir par la Méditerranée.

Psammétique II, puis Apriès, continuèrent l’œuvre de leurs devanciers jusqu’au moment où ce dernier, après une expédition désastreuse contre les Libyens, eut suscité une vraie révolution populaire qui le renversa et le remplaça sur le trône par Amasis, un de ses généraux, sans doute son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever à l’Egypte tout ce qu’elle pouvait encore posséder en Syrie, mais n’osa pas tenter de pénétrer dans la vallée du Nil, et Amasis, s’appuyant de plus en plus sur les Grecs, continua l’œuvre civilisatrice commencée avant lui; c’est grâce à lui surtout que s’élevèrent sur le sol égyptien des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et l’industrie helléniques y prospérèrent, faisant pénétrer peu à peu un nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d’Amasis est-elle restée très vivante chez les Grecs, et une foule d’histoires sont venues se greffer sur son nom, qu’elles popularisent encore en ce jour. Jamais l’Egypte, paraît-il, n’avait été si riche et si prospère que sous son habile gouvernement; il l’avait rendue si forte que Cyrus lui-même n’osa pas l’attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demandé sa fille en mariage, Amasis lui aurait envoyé la fille du pharaon détrôné Apriès; cette tromperie devint plus tard le prétexte des revendications de Cambyse au trône d’Egypte et de l’envahissement de la vallée du Nil, dès que le faible Psammétique III eut remplacé au pouvoir son père Amasis.

La XXVIme dynastie, ou, comme nous l’appelons aussi pour bien la distinguer du Nouvel Empire thébain avec lequel elle n’a plus aucun rapport, l’époque saïte, présente un caractère tout particulier qu’on peut qualifier d’un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue, l’Egypte s’épanouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche à retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend la vieille tradition à laquelle elle insuffle un peu de cet esprit nouveau qui commence à se manifester grâce au contact permanent avec des peuples plus jeunes. Trop tôt coupé par l’invasion persane, ce grand effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le domaine de l’art, n’eut pas le temps de donner tout ce qu’on eût été en droit d’en attendre.


Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)

L’histoire de la conquête de l’Egypte par Cambyse et des rois ses successeurs, est trop connue pour qu’il y ait lieu d’y revenir ici. La vallée du Nil est désormais englobée dans l’empire perse, et il est à remarquer qu’elle ne fut jamais administrée comme les autres provinces ou satrapies, mais qu’elle bénéficia de certains privilèges et conserva, nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se considérait comme le légitime successeur des pharaons, il enfermait son nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la Basse Egypte et même celui d’Horus, adorait officiellement tous les dieux égyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces prévenances ne suffirent pas à lui gagner le cœur de ses nouveaux sujets qui aspiraient à la liberté et cherchèrent maintes fois à la reconquérir.