A côté de l’agriculture, l’industrie continue à se perfectionner et nous avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occupés à leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d’art ou des gens de métier, tels que briquetiers, maçons, sculpteurs, peintres, bijoutiers, joailliers, menuisiers, ébénistes, corroyeurs, cordonniers, cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d’autres encore. Leur outillage est toujours aussi simple qu’aux périodes précédentes, presque rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinçons de pierre ont définitivement disparu pour faire place à des instruments de métal, généralement en bronze, parfois en fer.


Langue et Littérature

La conquête de la Syrie et les relations constantes qui s’étaient établies de ce fait avec l’Asie antérieure, avaient exercé sur l’Egypte même une influence considérable qui se remarque tout particulièrement dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, empruntés aux idiomes sémitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour exprimer des idées nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant, soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots égyptiens. Il est de bon ton, pour un scribe, d’émailler ses lettres ou ses compositions littéraires du plus grand nombre possible de mots d’origine étrangère. C’est de ces langues sémitiques, plus répandues que l’égyptien, qu’on se servait pour les relations extérieures, et toute la correspondance du roi d’Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans l’idiome même de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens à la cour comprenaient parfaitement.

Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composés dans une langue moins pure que ceux de l’époque précédente, mais ils sont aussi, sinon plus variés, et beaucoup plus abondants. Ce sont d’abord les écrits historiques ou officiels, les récits biographiques, les comptes rendus d’une campagne ou d’une conquête, les décrets et les actes royaux, les odes dithyrambiques à la louange d’un souverain, puis les ouvrages plus spécialement littéraires, contes, poésies, recueils de modèles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur métier, livres de morale, hymnes en l’honneur du roi ou des dieux, dont plusieurs ont trouvé place dans la grande compilation à laquelle nous avons donné le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout des morceaux plus anciens. Après cela vient encore la littérature épistolaire proprement dite, les procès-verbaux judiciaires, les écrits scientifiques et médicaux et les innombrables compositions magiques, religieuses ou mythologiques.

Certains de ces textes sont gravés ou peints sur les murailles des temples, sur les stèles, sur les parois des tombeaux; d’autres, les plus nombreux, sont écrits en hiératique, c’est-à-dire en cursive, sur des rouleaux ou des feuilles de papyrus ou même parfois sur des tessons de vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom d’ostraca. Les ouvrages religieux étaient déposés dans le tombeau, à côté du mort, pour lui servir de viatique dans l’autre monde, et parfois l’on y joignait aussi des textes littéraires pouvant lui offrir un délassement dans sa vie d’outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont été retrouvés roulés et cachés dans des vases, au milieu des ruines de maisons anciennes; c’était la manière de conserver les livres qui étaient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons s’il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothèques où l’on conservait les ouvrages de prix, avant l’époque où les Ptolémées réunirent dans celle d’Alexandrie tout ce qu’ils purent récolter de manuscrits anciens, les égyptiens sans doute aussi bien que les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privés d’une source inestimable de documents.