Les éléments d’un corps qui brûle ou qu’on essaie d’anéantir par un moyen quelconque se transforment, mais ils ne se perdent pas, puisque la balance permet de constater que leur poids n’a pas changé. Les éléments des atomes qui se dissocient sont, au contraire, irrévocablement détruits. Ils ont perdu toutes les qualités de la matière, y compris la plus fondamentale de toutes, la pesanteur. La balance ne les retrouve plus.

Comment les tourbillons d’éther et les énergies engendrées par eux perdent-ils leur individualité pour s’évanouir dans l’éther ? La question se ramène à celle-ci : Comment un tourbillon formé au sein d’un fluide peut-il disparaître dans ce fluide en y produisant des vibrations ?

Sous cet aspect, la solution du problème est assez simple. On voit facilement, en effet, comment un tourbillon engendré aux dépens d’un liquide peut, lorsque son équilibre est troublé, s’évanouir, malgré sa rigidité théorique, en rayonnant son énergie sous forme de vibrations du milieu où il est plongé. C’est de cette façon, par exemple, qu’une trombe marine, formée d’un tourbillon liquide, perd son existence et disparaît dans l’océan.

De la même manière, sans doute, les tourbillons d’éther constituant les éléments des atomes peuvent se transformer en vibrations d’éther. Celles-ci représentent le terme ultime de la dématérialisation de la matière et de sa transformation en énergie avant son anéantissement final.

Ainsi donc, lorsque les atomes ont rayonné toute leur énergie sous forme de vibrations lumineuses, calorifiques ou autres, ils retournent, par le fait même du rayonnement consécutif à leur dissociation, à l’éther primitif d’où ils dérivent. La matière et l’énergie sont alors rentrées dans le néant des choses, comme la vague dans l’océan.

Il ne semble pas très compréhensible, au premier abord, que les mondes qui paraissent de plus en plus stables à mesure qu’ils se refroidissent puissent devenir instables au point de se dissocier entièrement. Pour faire comprendre ce phénomène, nous allons en donner d’abord l’explication théorique, puis rechercher si des observations astronomiques ne permettent pas d’être témoins d’une telle dissociation.

On sait que la stabilité d’un corps en mouvement, comme une toupie ou une bicyclette, cesse d’être possible quand sa vitesse de rotation descend au-dessous d’une certaine limite. Aussitôt cette limite atteinte, il perd sa stabilité et tombe sur le sol. J.-J. Thomson interprète même de cette façon la radio-activité et fait remarquer que, lorsque la vitesse de rotation des éléments composant les atomes descend au-dessous d’une certaine limite, ils deviennent instables et tendent à perdre leur équilibre. Il en résulterait un commencement de dissociation, avec diminution de leur énergie cinétique suffisant pour lancer dans l’espace les produits de la désagrégation intra-atomique.

Il ne faut pas oublier que l’atome, réservoir énorme d’énergie, est par ce fait même comparable aux corps explosifs. Ces derniers restent inertes tant que leurs équilibres intérieurs ne sont pas troublés. Dès qu’une cause quelconque les modifie, ils font explosion et brisent tous ce qui les entoure, après s’être brisés eux-mêmes.

Donc, les atomes qui vieillissent par suite de la diminution d’une partie de leur énergie intra-atomique perdent graduellement leur stabilité. Un moment arrive alors où cette stabilité est si faible que la matière disparaît par une sorte d’explosion plus ou moins rapide. Les corps de la famille du radium offrent une image de ce phénomène, image d’ailleurs très affaiblie parce que les atomes de ces corps sont seulement arrivés à une période d’instabilité où la dissociation est assez lente. Elle en précède probablement une autre, plus rapide, capable de produire leur explosion finale. Des corps tels que l’uranium et le radium représentent sans doute un état de vieillesse auquel tous les corps arriveront un jour et qu’ils commencent déjà à manifester dans notre univers, puisque toute matière est légèrement radio-active. Il suffirait que la dissociation fût assez générale et assez rapide pour produire l’explosion du monde où elle se manifesterait.

Les considérations théoriques qui précèdent trouvent un solide appui dans les apparitions et disparitions brusques d’étoiles. Les explosions de mondes qui paraissent les produire nous révèlent peut-être comment périssent les univers quand ils viennent à vieillir.