La science croyait autrefois, et beaucoup de personnes croient encore, que la matière se compose d’éléments inertes et indestructibles. Créés à l’origine des choses, ils devaient conserver à travers tous les changements une durée éternelle. Rien ne se crée, rien ne se perd, disait la chimie, et elle était fondée à le dire, puisque, malgré toutes les transformations qu’on lui faisait subir, la matière paraissait toujours conserver le même poids.
La science nous apprend tout autre chose aujourd’hui. Elle nous montre la matière composée de petits systèmes solaires en miniature, formés d’éléments gravitant les uns autour des autres avec une immense vitesse et ne devant leur stabilité qu’à cette vitesse même. Elle nous dit que l’atome est le siège de forces colossales auprès desquelles ne sont rien celles que l’industrie manie et que peut-être cette même industrie pourra utiliser un jour. Elle nous dit encore que cette matière, siège d’une vie intense, possède une sensibilité invraisemblable qui la fait se modifier sous les influences les plus légères. Elle nous dit enfin que, loin d’être éternelle, la matière obéit à cette loi fatale qui condamne les choses et les êtres à mourir.
Ne pouvant approfondir en une heure un pareil sujet, je me bornerai, dans cette conférence, à vous montrer quelques-unes des conséquences des recherches que je poursuis depuis plus de dix ans sur la dissociation de la matière et que j’ai développées dans deux ouvrages récents[2].
[2] L’Évolution de la matière, in-18 de 400 pages, avec 62 figures (15e édition), et l’Évolution des forces, in-18 de 400 pages avec 40 figures (6e édition), Flammarion, éditeur, 1908.
Ces recherches, dont le résultat fondamental, très imprévu il y a bien peu d’années encore, fut de montrer que la matière n’était pas indestructible, se sont rapidement répandues dans les laboratoires. Quelques-unes de nos propositions, considérées comme très révolutionnaires quand nous les formulâmes pour la première fois, commencent à devenir presque banales aujourd’hui, bien que très éloignées cependant d’avoir porté toutes leurs conséquences. Lorsque celles-ci se dérouleront, elles conduiront à renouveler un édifice scientifique dont la stabilité semblait éternelle.
Voici d’ailleurs l’énoncé des principes fondamentaux que j’ai tâché de mettre en évidence en me basant sur mes expériences :
1o La matière, supposée jadis indestructible, s’évanouit lentement par la dissociation continuelle des atomes qui la composent ;
2o Les produits de la dématérialisation de la matière constituent des substances intermédiaires par leurs propriétés entre les corps pondérables et l’éther impondérable, c’est-à-dire entre deux mondes que la science avait profondément séparés jusqu’ici ;
3o La matière, jadis envisagée comme inerte et ne pouvant restituer que l’énergie d’abord fournie, est, au contraire, un colossal réservoir d’énergie — l’énergie intra-atomique — qu’elle peut dépenser sans rien emprunter au dehors ;
4o C’est de l’énergie intra-atomique libérée pendant la dissociation de la matière que résultent la plupart des forces de l’univers, l’électricité et la chaleur solaire notamment ;