5o La force et la matière sont deux formes diverses d’une même chose. La matière représente une forme stable de l’énergie intra-atomique. La chaleur, la lumière, l’électricité, etc., représentent des formes instables de la même énergie ;

6o En dissociant les atomes, c’est-à-dire en dématérialisant la matière, on ne fait que transformer la forme stable de l’énergie, nommée matière, en ces formes instables connues sous les noms d’électricité, de lumière, de chaleur, etc. La matière se transforme donc continuellement en énergie ;

7o La loi d’évolution applicable aux êtres vivants l’est également aux corps simples. Les espèces chimiques, pas plus que les espèces vivantes, ne sont invariables ;

8o L’énergie n’est pas plus indestructible que la matière dont elle émane.

La science d’hier était fondée sur l’éternité de la matière, celle de demain sera basée sur la désintégration de la matière. Elle aura pour but principal de trouver des moyens faciles d’augmenter cette désintégration et mettre ainsi dans les mains de l’homme une source de forces presque infinie.

II

Avant d’exposer les idées actuelles relatives à la constitution de la matière, rappelons brièvement celles dont la science a vécu jusqu’ici.

Suivant des conceptions, hier encore classiques, la matière serait composée d’éléments indivisibles, nommés atomes. Comme ils semblent persister à travers toutes les transformations des corps, on admettait pour cette raison qu’ils sont indestructibles.

Cette notion fondamentale a plus de 2.000 ans d’existence. Le grand poète romain Lucrèce l’a exposée dans les termes suivants, que les livres modernes ne font guère que reproduire.

« Les corps ne sont pas anéantis en disparaissant à nos yeux : la nature forme de nouveaux êtres avec leurs débris, et ce n’est que par la mort des uns qu’elle accorde la vie aux autres. Les éléments sont inaltérables et indestructibles… Les principes de la matière, les éléments du grand tout sont solides et éternels, — nulle action étrangère ne peut les altérer. L’atome est le plus petit corps de la nature… Il représente le dernier terme de la division. Il existe donc dans la nature des corpuscules d’essence immuable… leurs différentes combinaisons forment tous les corps. »