Telles étaient les idées de Lucrèce et de tous les savants depuis vingt siècles. Appuyée sur des recherches expérimentales dont nous parlerons bientôt, la science moderne est arrivée à une conception de la matière bien différente.

Elle admet maintenant que les atomes sont formés de tourbillons d’éther tournant autour d’une ou plusieurs masses centrales avec une vitesse de l’ordre de celle de la lumière. L’atome est comparé à un soleil entouré de son cortège de planètes.

Mais comment se fait-il que ces tourbillons d’éther immatériel puissent se transformer en matière aussi rigide qu’un rocher ou un bloc d’acier ? Certaines analogies appuyées sur l’expérience permettent de le comprendre.

Il est probable que la matière doit uniquement sa rigidité à la rapidité de rotation de ses éléments et que, si leurs mouvements s’arrêtaient, elle s’évanouirait instantanément dans l’éther, sans rien laisser derrière elle. Des tourbillons gazeux, animés d’une vitesse de rotation de l’ordre de celle des rayons cathodiques, deviendraient vraisemblablement aussi durs que l’acier. Cette expérience n’est pas réalisable, mais nous pouvons pressentir ses résultats en constatant la rigidité considérable acquise par un fluide animé d’une grande vitesse.

Des expériences faites dans les usines hydroélectriques ont montré qu’une colonne liquide de 2 centimètres seulement de diamètre, tombant à travers un tube d’une hauteur de 500 mètres, ne peut être entamée par un coup de sabre lancé avec violence. L’arme est arrêtée, à la surface du liquide, comme elle le serait par un mur. Si la vitesse de la colonne liquide était suffisante, un boulet de canon ne la traverserait pas. Une lame d’eau de quelques centimètres d’épaisseur, animée d’une vitesse assez grande, resterait aussi impénétrable aux obus que le mur d’acier d’un cuirassé.

Donnons au jet d’eau précédent la forme d’un tourbillon, et nous aurons l’image des particules de la matière et l’explication probable de sa rigidité.

Nous pouvons ainsi comprendre comment l’éther immatériel, transformé en petits tourbillons animés d’une vitesse suffisante, devient très matériel. On conçoit aussi que, si ces mouvements tourbillonnaires étaient arrêtés, la matière s’évanouirait instantanément en retournant à l’éther.

La matière qui semble nous donner l’image de la stabilité et du repos n’existe donc que grâce à la rapidité des mouvements de rotation de ses particules. La matière, c’est de la vitesse, et comme une substance animée de vitesse est aussi de l’énergie, il faut considérer la matière comme une forme particulière de l’énergie.

La vitesse étant une des conditions fondamentales de l’existence de la matière, on peut dire que cette dernière est née le jour où les tourbillons d’éther ont acquis, par suite de leur condensation croissante, une rapidité suffisante pour posséder de la rigidité. Elle vieillit lorsque la vitesse de ses éléments se ralentit. Elle cessera d’exister dès que ses particules perdront leurs mouvements.

Nous sommes amenés ainsi à cette première notion essentielle : Des particules d’une substance quelconque, si ténues qu’on les suppose, prennent, par le seul fait de leur vitesse de rotation, une rigidité si grande qu’elles se transforment en matière.