Les propriétés de la matière que nous venons de vous exposer ne sont pas les seules qu’elle possède. Ne pouvant les énumérer toutes, nous nous bornerons à attirer encore votre attention sur l’une de ses plus importantes, c’est-à-dire le rayonnement permanent dont elle est le siège.
Jusqu’au zéro absolu, c’est-à-dire jusqu’à 273° au-dessous de la température de la glace, la matière envoie sans discontinuer des vibrations dans l’éther. Un bloc de glace peut être considéré comme source de chaleur rayonnante au même titre qu’un fragment de charbon incandescent. La seule différence entre eux est dans la quantité de chaleur rayonnée. Les plaines glacées du pôle sont une source de chaleur rayonnante comme les plaines brûlantes de l’équateur, et si la sensibilité de la plaque photographique n’était pas aussi limitée, elle pourrait, pendant la plus profonde nuit, reproduire l’image des corps au moyen de leurs propres radiations réfractées par les lentilles d’une chambre noire.
Ces auréoles rayonnantes qui entourent tous les corps ne sont pas perceptibles parce que notre œil est insensible pour la plus grande partie des ondes lumineuses. La forme d’un être vivant ne nous paraît bien définie que parce que nos sens perçoivent seulement des fragments des choses. L’œil n’est pas fait pour tout voir. Il trie dans l’océan des formes ce qui lui est accessible et croit que cette limite artificielle est une limite véritable. Ce que nous percevons d’un être vivant n’est qu’une partie de sa forme réelle. Il est entouré des vapeurs qu’il exhale et des radiations qu’il émet constamment par suite de sa température. Si nos yeux pouvaient tout voir, un être vivant nous apparaîtrait comme un nuage aux changeants contours.
Ces ondes de lumière invisibles pour notre œil qu’émettent tous les corps sont perceptibles probablement par les animaux dits nocturnes capables de se guider dans l’obscurité. Pour eux le corps d’un être vivant, dont la température est d’environ 37°, doit être entouré d’une auréole lumineuse que seul le défaut de sensibilité de notre œil empêche d’apercevoir. Il n’existe pas, en réalité, de corps obscurs dans la nature, il existe seulement des yeux imparfaits. Un corps quelconque est une source constante de radiations visibles ou invisibles, mais qui sont toujours de la lumière.
V
Nous allons aborder maintenant l’étude de la dématérialisation de la matière.
Des expériences fort nombreuses, et sur la valeur desquelles on ne discute plus, ont prouvé, comme je fus le premier à l’établir, que les atomes de la matière, considérés jadis comme très stables, peuvent se désagréger, soit spontanément, soit sous l’influence de causes diverses.
Les produits de cette dissociation sont identiques pour tous les corps, qu’ils soient engendrés par la cathode de l’ampoule de Crookes, par le rayonnement d’un métal sous l’action de la lumière, ou par la désagrégation de corps spontanément radio-actifs, tels que l’uranium, le thorium et le radium.
On peut donc, quand on veut étudier la dissociation de la matière, choisir les corps pour lesquels le phénomène se manifeste de la façon la plus intense, soit, par exemple, l’ampoule de Crookes où un métal formant cathode est excité par le courant électrique d’une bobine d’induction, soit, plus simplement, des composés très radio-actifs tels que les sels de thorium ou de radium. Des corps quelconques dissociés par la lumière ou autrement donnent d’ailleurs les mêmes résultats, mais la dissociation étant beaucoup plus faible, l’observation des phénomènes est plus difficile.
On constate que les produits divers de la dissociation de la matière actuellement connus peuvent se ranger dans les six classes suivantes : Emanations, Ions négatifs, Ions positifs, Électrons, Rayons X et Radiations analogues.