[!--Note--] 30 ([retour])
Ibid.—Cf. Floresta Española (1618), IV, 8.

Il faut évidemment tenir compte de l'habituelle exagération de ces sortes de morceaux; mais ce qui prouve bien que les maîtres de pension [p. 39] abusaient par trop de leur monopole, c'est qu'au bout d'un certain temps l'Université ne se soucia plus de faire respecter les privilèges qu'elle leur avait d'abord assurés. Dès lors, bien des écoliers s'empressèrent de se dérober à une tutelle importune: ils s'allèrent loger dans les maisons de la ville où ils étaient sûrs de jouir d'une honnête liberté et ils prirent eux-mêmes la direction de leur petit ménage.

Mais là encore ils couraient grand risque d'étre exploités. Les servantes d'étudiants ne passaient point pour des modèles de probité ni de vertu; elles avaient toujours quelque amant pour qui elles écrémaient le potage et détournaient les plus belles tranches du rôti; Guzman d'Alfarache en essaya cinq ou six à la file dont la probité lui parut douteuse et la propreté incertaine[ 31]. Plus d'une ressemblait sans doute à la vieille dont parle Quevedo, qui demandait à Dieu de lui pardonner ses larcins en disant son chapelet au-dessus de la marmite: un beau jour, le fil du rosaire se rompit et les grains tombèrent dans le potage: «Cela fit le bouillon le plus [p. 40] chrétien du monde.—«Des pois noirs! s'écria un étudiant, sans doute ils viennent d'Ethiopie?»—«Des pois en deuil! répliquait un autre, quel parent ont-ils donc perdu?»—Un autre se cassa une dent en y voulant mordre.» Plus d'une fois, cette estimable vieille prit la pelle à feu pour la cuiller à pot et distribua ainsi des morceaux de charbon au fond des écuelles. Il n'était point rare qu'on trouvât dans la soupe des insectes, des éclats de bois, des paquets d'étoupes ou de cheveux; les convives avalaient tout, sans fausse délicatesse: «Cela tenait tout de même de la place dans l'estomac[ 32]

[!--Note--] 31 ([retour])
Mateo Aleman, Guzmán de Alfarache, part. II, lib. III, cap. IV.

[!--Note--] 32 ([retour])
Gran Tacaño, cap. III.

Les fournisseurs ne valaient pas mieux que les servantes; les bouchers, par exemple, ne se faisaient pas faute de vendre de la viande pourrie; quelquefois, les écoliers s'indignaient et se faisaient eux-mêmes justice: pendant l'hiver de 1642, ils promenèrent par les rues attachée sur un âne, en la rouant de coups et en l'assommant de boules de neige, une femme qui avait ainsi manqué de les empoisonner[ 33]; mais le plus souvent leurs estomacs complaisants se résignaient [p. 41] aux pires nourritures[ 34]; ils étaient dans l'âge heureux où l'on supporte allégrement ces petites misères: «car, ainsi que le dit le bon maître Vicente Espinel, l'insouciante jeunesse sait tourner les chagrins en joie: les pires épreuves ne sont pour elles que sujets de rires et d'amusement[ 35]

[!--Note--] 33 ([retour])
Memor. Histór., XVI, 244.

[!--Note--] 34 ([retour])
Aussi nous dit-on que les apothicaires étaient plus nombreux à Salamanque que partout ailleurs. Laguna parle d'une certaine Clara, «famosa clystelera de Salamanca» qui avait des recettes à elle pour «enxugar los infelices vientres de aquellos pupilos infortunados que jamás se vieron llenos sino de viandas pestilentiales.» (Dioscórides, p. 498.)

[!--Note--] 35 ([retour])
Relación primera de la vida del Escudero Marcos de Obregón, Descanso XII.