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Apparatus latini sermonis, auctore Melchiore de la Cerda, S. J., eloquentiæ professore, Séville, 1598.—Torres Villaroel, loc. cit.

Parfois le cortège s'arrête devant une église, un collège, une maison bâtie en pierres de taille; on dresse une échelle, un étudiant y monte et trace avec une encre rouge, faite d'huile et de sang de bœuf, une inscription admirative, comme on en voit encore des milliers sur les murs de Salamanque. Puis la troupe reprend sa marche, toujours plus nombreuse et plus bruyante. Aux chants, aux sons de la musique se mêlent les airs de triomphe qui glorifient à la fois le nouveau maître et sa province: Vítor Don Pedro, Vítor Castilla! ou Vítor Don Luis Vítor Navarra! Vítor! Les clameurs emplissent la ville, elles s'étendent jusqu'aux plus misérables ruelles, et le petit peuple, à l'âme enfantine et obscure, est ébloui par cette apothéose du savoir[ 106].

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Dans d'autres Universités et particulièrement à Alcalá, ces réjouissances prennent un autre caractère et tournent un peu à la mascarade. Dans le Don Quichotte de d'Avellaneda, le Chevalier et son fidèle Sancho arrivent à Alcalá au moment où l'Université célébrait la réception d'un nouveau maître de théologie. «Il faisait le tour de la ville dans un char de triomphe, et plus de deux mille Écoliers l'accompagnaient, les uns à pied, et les autres à cheval ou sur des mules. Don Quixotte et Sancho rencontrèrent bientôt les Écoliers qui marchaient deux à deux, la tête couronnée de fleurs, et chacun une branche de laurier à la main. Au milieu d'eux paraissait un char de triomphe d'une grandeur prodigieuse. Le devant était occupé par un nombre infini de chanteurs et de joueurs d'instruments. On voyait dedans plusieurs Ecoliers habillés en femmes, dont les uns représentaient les vertus et les autres les vices; et chaque personnage portait une inscription qui le désignait. Ceux qui représentaient les vices étaient chargés de chaînes et assis aux pieds des autres, et ils affectaient un air triste et convenable au malheur de l'esclavage. Dans le fond du char paraissait par dessus tout le nouveau Professeur sur un trône et vêtu d'une longue robe d'écarlate avec une couronne de laurier sur la tête.» (Nouvelles Aventures de Don Quixotte, traduction de Lesage, éd. de 1707, p. 256.)

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Dans la grande cité universitaire, la collation de certains grades excite un enthousiasme pareil. Le baccalauréat n'a qu'une assez mince importance: ce n'est guère qu'un certificat d'assiduité, que l'on peut quelquefois obtenir sur le simple témoignage du bedeau. La licence et même le diplôme de maître ès arts se confèrent sans grande pompe. Mais l'Université a tenu à entourer d'un éclat incomparable les cérémonies du doctorat, qui est l'acte le plus considérable [p. 82] de la vie scolaire et comme le terme normal des études: elle a vu là un moyen de maintenir son prestige, de rendre manifestes aux yeux de tous sa richesse, sa puissance et sa majesté.

La veille de l'examen, un étudiant à cheval, précédé de tambours et de trompettes, va distribuer à tous les docteurs la liste des conclusions qui seront soutenues. Aussitôt après, tout le corps universitaire se rassemble pour la procession solennelle. En tête, les musiciens, l'Alguazil du Chancelier, les Maîtres des cérémonies, les Rois d'armes, les deux Secrétaires de l'Estudio; derrière, les professeurs en grand costume: robe noire garnie de dentelles blanches, camail de couleur, toque noire ornée d'une houppe qui retombe en franges autour du bonnet; d'abord les maîtres ès arts en camail bleu de ciel, puis les théologiens en camail blanc, les médecins en jaune, les canonistes en vert, les légistes en rouge[ 107]. Après eux, le candidat; les [p. 83] bedeaux avec leurs masses, l'Écolâtre, ayant à sa gauche le Recteur, à sa droite le docteur qui servira de parrain au récipiendaire; enfin les juges et les officiers de l'Université, les pages, les valets et les domestiques. Le candidat va tête nue; il monte un cheval richement harnaché, couvert d'un caparaçon qui traîne jusqu'à terre, il est vêtu de velours ou de soie avec le collet à l'espagnole et des bottes de maroquin; il est armé de l'épée et de la dague. Les cloches sonnent: au bourdon sourd de la cathédrale se mêlent les notes claires du clocher de Saint-Martin, les tintements des églises lointaines. Derrière le cortège se presse en désordre la foule innombrable des étudiants, toute la jeunesse de Salamanque, les artisans qui ont interrompu leur travail, les marchands qui ont fermé leurs boutiques, et les paysans des alentours, accourus comme pour une fête, villageoises en robe brodée, charros[ 108] parés de leurs boutons d'argent, serrés dans leur large ceinture de cuir.

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Lope de Vega, La Inocente Sangre, II, 1:

Como ya se ve mirando

En los colores que veis,

Rojo, verde, azul y blanco,