Cánones, leyes, maestros
Teólogos y hombres sabios...
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Les paysans de la plaine de Salamanque.
La journée du lendemain est encore plus remplie. Après avoir été longuement interrogé dans [p. 84] le Paranymphe, qui est la salle d'honneur de l'Université, le candidat est livré à ses camarades qui lui font expier par des moqueries un peu fortes les satisfactions d'amour-propre qu'il a déjà goûtées et les honneurs qui l'attendent. Cette cérémonie bouffonne s'appelle le vejamen, et l'on nomme gallos les traits malicieux qui, ce jour-là, tombent un peu sur tout le monde.
Nous trouvons dans un recueil assez curieux et assez ignoré la description d'une de ces cérémonies caractéristiques[ 109]. Cette cérémonie eut un éclat particulier parce qu'on y voyait, au premier rang des spectateurs, le roi Philippe III et la reine Marguerite[ 110]. Le principal orateur était un maître de l'Université et la victime désignée était un religieux, de l'ordre des Carmélites.
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Gaspar Lucas Hidalgo, Diálogos de apacible entretenimiento, Barcelona, 1609: Noche Primera, cap. II, Que contiene unos gallos que se dieron en Salamanca en presencia de los Reyes.
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Le roi et la reine étaient arrivés à Salamanque dans les premiers jours de juillet 1600; ils y avaient été reçus magnifiquement, particulièrement par les marchands d'habits de la ville qui avaient été à leur rencontre déguisés en soldados galanes. Leurs Majestés visitèrent longuement l'Université et aussi le Colegio Viejo, dont ils admirèrent la Bibliothèque. (Diálogos de apacible entretenimiento, Noche II, cap. I.)
Dans sa harangue, fort travaillée et qui sentait un peu trop l'apprêt, le maestro commença par se moquer, d'ailleurs assez doucement, de quelques-uns de ses collègues, rapportant quelques anecdotes récentes ou faisant allusion à quelque innocente manie. A l'un, chanoine de la sainte Cathédrale, la langue avait fourché, le jour de Pâques, tandis qu'il officiait, et il avait dit à la fin de la messe: «Requiescant in pace! Alleluya! Alleluya!» Un autre, en apprenant la mort d'un ami, s'était écrié machinalement: «Ite, missa est!» Il reprochait à un troisième de porter toujours sur la tête une calotte de drap noir, pour dissimuler sa calvitie. Il désignait assez clairement un docteur qui affectait, quoique marié, de porter le costume ecclésiastique et un religieux, maître de théologie, qu'on aurait pu prendre pour un tailleur parce qu'il n'était jamais assis que sur ses talons et remuait sans cesse sa main, de bas en haut, comme s'il tirait l'aiguille.—Il en venait enfin au héros de la fête, qui attendait son tour avec inquiétude, et naturellement celui-là était moins ménagé: ses travers moraux et ses défauts physiques, son attitude et sa physionomie, la couronne touffue de ses cheveux bouffant autour de [p. 86] sa tonsure, sa prétention à un savoir universel, tout cela était relevé sans bienveillance, et ces traits réunis finissaient par former un portrait fort grotesque et sans doute peu ressemblant.
Ce mauvais moment passé, une tradition charitable voulait que le président de la cérémonie fît, en manière de contre-partie, le panégyrique du récipiendaire. Il n'était pas inutile en effet de le relever dans sa propre estime et dans celle de ses futurs collègues, surtout quand la verve satirique de ses persécuteurs s'était déchaînée sans contrainte; et, en temps ordinaire, quand la présence d'un monarque ne lui imposait pas quelque retenue, cette verve se portait, nous dit-on, à de telles libertés que les étudiants ecclésiastiques restaient, ce jour-là, au couvent[ 111].