Les uns, comme avaient fait Salamanque et Lérida, empruntent aux Universités italiennes, et particulièrement à Bologne, leur organisation démocratique et semblent s'être inspirés dans leurs statuts des Habita de Frédéric Ier et des diplômes de Frédéric II. D'autres, comme Saragosse et Alcalá, se modèlent sur Paris; d'autres, comme Barcelone, sur Toulouse; d'autres, comme Huesca, sur Montpellier.

Les uns sont indépendants et laïques, quoique souvent entretenus par les rentes de l'Eglise. D'autres sont des sortes de séminaires qui appartiennent à des ordres monastiques, sont installés dans leurs couvents, relèvent directement [p. 105] de leurs supérieurs: telles, par exemple, l'Université de Luchente, fondée dans un couvent de Franciscains, ou celle de Gandía, qui est aux Jésuites, ou celles d'Almagro et d'Orihuela, qui sont aux Dominicains.

Les uns sont de grands centres d'instruction supérieure, où les chaires sont nombreuses, où sont représentées toutes les matières du savoir, où les libres recherches ont leur place à côté de l'enseignement professionnel. Les autres, comme Sigüenza, comme Séville, comme Oñate, comme Osuna, comme Osma, sont des Collèges-Universités, sortes d'institutions hybrides, dont les ressources sont généralement médiocres, l'enseignement limité, dont l'existence est intimement liée à celle d'un Collège qui leur fournit à la fois ses étudiants et ses maîtres.

Parmi les grandes Universités nées dans cette brillante époque des Rois Catholiques et de Charles-Quint, la plus intéressante est Alcalá: elle a exercé sur la culture espagnole une influence certaine et l'histoire de sa naissance est aussi significative que celle de ses progrès.

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CHAPITRE II.

UNE GRANDE UNIVERSITÉ: ALCALÁ.

A six lieues de Madrid, sur la rive droite du Hénarès, au milieu d'une vaste plaine assez nue, coupée par le ruisseau d'une ligne de verdure, la vieille Alcalá abritait dans son enceinte massive, couronnée de tours, une population pacifique et une vie silencieuse, lorsque le grand Jiménez de Cisneros, moine franciscain, confesseur de la reine Isabelle, archevêque de Tolède, primat d'Espagne et chancelier de Castille, résolut d'y fonder, à la place du petit Collège où il avait jadis étudié la grammaire et les humanités, une Université immense et magnifique, capable de rivaliser avec Salamanque[ 138], digne de la gloire des temps nouveaux.

[!--Note--] 138 ([retour])
C'est cependant à Salamanque que Cisneros avait continué ses études. Il y avait été, en 1450, à l'âge de quatorze ans, il y avait étudié à la fois le droit civil et le droit canon et il avait obtenu le baccalauréat dans l'une et dans l'autre Faculté.