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Dans le même Don Quichotte, au chapitre premier de la seconde partie, le barbier commence ainsi son histoire: «A l'hôpital des fous de Séville, il y avait un homme que ses parents avaient enfermé là parce qu'il avait perdu la raison. Il était gradué en droit canon de l'Université d'Osuna; mais l'eût-il été de celle de Salamanque, au dire de beaucoup de gens, il n'en eût pas été moins fou.»

Au moment où Madrid célébra par de grandes fêtes la canonisation de San Isidro, envoyant au concours poétique qui s'ouvrit alors un recueil de vers burlesques, Lope de Vega les signa ironiquement: «Tomé de Burguillos, maître ès arts de l'Université d'Oñate.»

Dans le Gran Tacaño, Quevedo nous montre un camarade de Don Pablos à moitié assommé à coups de pots de terre et d'écuelles de bois par une bande de mendiants faméliques, parce qu'à la grille du couvent de San Jerónimo, de Madrid, il s'est fait attribuer injustement une double part de soupe: «Voyez ce déguenillé, criait un des gueux les plus acharnés à le poursuivre (méchant étudiant gorrón, de ceux qui vont frapper aux portes avec un cabas), voyez ce loqueteux qu'on prendrait pour une poupée de [p. 128] chiffons, plus triste qu'une pâtisserie en Carême, plus troué qu'une flûte, plus bigarré qu'une pie, plus taché que le jaspe, piqué de plus de points qu'une page de musique, il ose manger la soupe du Saint Bienheureux à côté d'un homme qui pourra devenir un jour évêque ou quelque chose de pareil. Ne suis-je pas bachelier ès arts de l'Université de Sigüenza[ 154]

[!--Note--] 154 ([retour])
Vida del Gran Tacaño, parte II, cap. II.

La plaisanterie était courante et toujours bonne.

Ces Universidades Menores, qu'on s'amusait ainsi à opposer aux grandes, dont on raillait ainsi l'enseignement et les prétentions, elles étaient nées pourtant d'une pensée généreuse, elles avaient eu leurs espérances et leurs ambitions.


Quand, allant de Séville à Grenade, on voit se dresser au pied d'une colline aride, entre les oliviers et les aloès, la silhouette grise d'Osuna, avec ses dix clochers, son église massive, son lourd château flanqué de tours grêles, on aime à s'imaginer que sur cette terre si semblable à la terre africaine, dans cet air léger, imprégné [p. 129] d'une poussière subtile, une civilisation a jadis fleuri où l'Orient et l'Occident se seraient mêlés, que des Écoles ont prospéré là, héritières de la science arabe, l'accommodant à des besoins nouveaux. La famille des ducs d'Osuna était peut-être assez riche et assez puissante pour réaliser une œuvre si originale. S'ils n'en eurent pas l'idée, du moins avaient-ils rêvé pour leur fondation un plus brillant avenir que la médiocrité où elle languit, tyrannisée par les couvents qui la tinrent tour à tour en tutelle[ 155].

[!--Note--] 155 ([retour])
Tout récemment, un des meilleurs érudits d'Espagne, Francisco Rodríguez Marín, qui est originaire d'Osuna, a généreusement pris la défense de la vieille Université de sa ville natale. Il a rappelé que le Colegio Mayor de la Santa Concepción y Universidad de Osuna avait eu jusqu'à quatorze chaires et, en 1599, jusqu'à trois cent trente deux étudiants. Il a donné les noms de quatre-vingts personnages formés par cette Université, dont aucun malheureusement n'est illustre. (Cervantes y la Universidad de Osuna.Homenaje á Menéndez y Pelayo, Estudios de erudición española, 1899, t. II, p. 757 et sq.)