CHAPITRE IV.
LE MOUVEMENT INTELLECTUEL EN ESPAGNE AU COMMENCEMENT DU SEIZIÈME SIÈCLE: LA RENAISSANCE ESPAGNOLE ET LES PROGRÈS DE L'ENSEIGNEMENT.
Ce grand mouvement intellectuel qui, pendant les dernières années du quinzième siècle et pendant la première moitié du seizième a fait naître en Espagne tant d'Universités nouvelles et sensiblement accrû la prospérité des anciennes, c'est assurément de la reine Isabelle de Castille qu'il est parti: c'est à elle qu'il faut en rapporter l'honneur.
Cette femme remarquable, à laquelle aucun don n'a manqué, tenait de son père, Jean II, le goût des lettres et de l'étude. Elle honora le savoir; elle fit tout ce qui dépendait d'elle pour répandre l'instruction dans ses États et particulièrement dans sa noblesse, dont les mœurs étaient encore rudes et l'esprit peu cultivé.
Elle-même donnait l'exemple. Elle demanda à Diego Valera de composer pour elle une Histoire d'Espagne et d'y joindre une description des trois parties du monde alors connues. Quand elle allait à Salamanque, elle ne manquait pas d'y assister aux disputes et exercices de l'Université, et elle pouvait s'y intéresser; elle avait en effet appris le latin[ 160], qui lui était d'ailleurs indispensable, puisque c'était non seulement la langue des Écoles et de l'érudition, mais aussi la langue de la diplomatie; elle le savait même si bien que son confesseur pouvait mêler dans ses lettres le latin et l'espagnol; elle lisait Sénèque et le De Officiis.
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Après la guerre de Portugal. Ce fut une femme qui le lui enseigna, Doña Beatriz Galindo, surnommée «la Latine».
Elle voulut aussi qu'on enseignât le latin à ses deux filles, qui le parlèrent et l'écrivirent parfaitement[ 161], et elle leur choisit comme maîtres deux savants, Antoine et Alexandre Geraldino, qu'elle avait fait venir d'Italie.
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Luis Vives, De Christiana Femina, cap. IV.
Mais ce fut surtout l'instruction du prince Don Juan qui fut l'objet de tous ses soins. F. Diego de Deza, qui fut dans la suite archevêque [p. 140] de Tolède, lui donna les premières leçons de grammaire et d'humanités[ 162]. Quand il fut plus grand, pour le faire bénéficier en quelque manière des avantages de l'éducation publique, la reine donna à son fils dix compagnons d'études, cinq du même âge, cinq plus âgés. Ces jeunes gens, qui appartenaient aux plus hautes familles, eurent tous plus tard de brillantes destinées: seul le jeune prince, sur qui étaient fondées tant d'espérances, fut frappé prématurément par la mort[ 163].