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D. Pedro González de Mendoza, que la faveur des Rois Catholiques fit appeler le «troisième roi d'Espagne». Lettré du premier mérite, formé dès sa jeunesse par les plus sérieuses études, ce fut lui qui fonda à Valladolid le magnifique Colegio mayor de Santa Cruz.


Ces puissantes influences, ces exemples venus de si haut propagent rapidement dans la Péninsule le goût et le respect des études. L'Espagne accueille avec confiance la nouvelle culture que la Cour honore, que l'Église protège et qui lui arrive de cette Italie à laquelle une sorte de parenté l'attache, qu'elle s'est habituée à respecter comme le centre du monde chrétien. La prospérité dont jouit alors le royaume favorise cette diffusion de l'humanisme et du savoir.

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La jeunesse, riche ou pauvre, est portée, comme par un courant très fort, vers les Écoles dont le nombre s'accroît sans cesse et même, nous l'avons vu, au delà des besoins. Dans ces Écoles un souffle nouveau ranime les ardeurs et rajeunit l'antique doctrine. C'est le moment, unique dans l'histoire, où l'Espagne semble vouloir rivaliser d'activité scientifique avec les grandes nations.

Des maîtres comme le franciscain Fr. Luis de Carvajal, comme l'augustin Fr. Lorenzo de Villavicencio, comme le dominicain Francisco de Vitoria, s'appliquent à réformer les méthodes d'enseignement de la théologie et annoncent les Domingo de Soto, les Melchor Cano, les Luis de Granada, les Luis de León.

Des juristes comme Juan López de Palacios Rubios, Antonio de Nebrija, Antonio Agustín, Antonio Gouvea, Diego de Covarrubias y Leyva, des canonistes comme Antonio de Burgos, Francisco de Torres (Turriano), J. Ginés de Sepúlveda, apportent dans l'étude du droit des idées plus élevées et une critique plus exacte.

La philologie classique progresse encore plus sensiblement. De grands travailleurs, entreprenants et originaux, explorent tour à tour tous [p. 147] les domaines de l'érudition et laissent des œuvres durables.

Tel cet Antonio de Nebrija qui fut le plus grand ouvrier de la Renaissance espagnole, esprit véritablement encyclopédique que nous avons déjà cité parmi les restaurateurs de la science du droit, que l'on pourrait encore compter, pour son Lexicon artis medicamentariae, parmi les rénovateurs des sciences médicales, mais qui se consacra plus spécialement à l'étude des langues hébraïque, grecque, latine et castillane, le premier des lexicographes et des grammairiens de son temps, sorte de Pic de la Mirandole qui aurait pu traiter, lui aussi, De omni re scibili.

Après avoir étudié cinq ans à Salamanque, «préoccupé, nous dit-il lui-même, de sortir de l'ornière commune et d'aller puiser aux vraies sources du savoir», il partit pour l'Italie, «non pas pour y gagner des rentes ecclésiastiques ou pour en rapporter les formules de l'un et l'autre droit, mais pour en ramener dans sa terre natale ces nobles exilés: les grands maîtres de l'antiquité classique[ 174]».