[!--Note--] 174 ([retour])
Dictionarium ex Hispaniensi in Latinam sermonem, interprete Aelio Antonio Nebrissensi, Salamanque, 1494: Dédicace (Cl. Johanni Stunicae epistola hispano-latina).

[p. 148]

Pendant dix ans, de 1452 à 1462, il y travailla avec la ferveur heureuse et passionnée d'un néophyte qui a retrouvé ses dieux. Boursier du fameux collège Saint-Clément de Bologne, ouvert depuis un siècle déjà à la jeunesse espagnole, il y reçut particulièrement les leçons de Galeotto Marzio. Il ne revint dans son pays que lorsqu'il se sentit capable d'y répandre la bonne parole.

Il professa quelque temps à Séville, où l'avait appelé l'archevêque Fonseca; mais «de même que Pierre et que Paul, princes des Apôtres, allaient combattre la religion des gentils, non pas dans les bourgs et dans les campagnes, mais dans Athènes, dans Antioche et dans Rome, c'est dans la capitale intellectuelle de l'Espagne, à Salamanque, qu'il voulut faire triompher sa doctrine et déraciner la barbarie[ 175]».

[!--Note--] 175 ([retour])
Ibid.

Ce fut là en effet que, pourvu d'une double chaire, il engagea un long combat contre l'antique routine et réussit enfin à faire prévaloir les méthodes et l'esprit des grands humanistes [p. 149] italiens, de Georges Merula, de Philelphe le Jeune, de François de Noles. Malgré les protestations qui s'élevèrent un peu partout, et surtout à Valence, il arracha des mains de la jeunesse les rudiments gothiques, la grammaire de Pastrana, celle d'Alexandre de Villedieu, le Catholicon et le grécisme monstrueux d'Ébrard de Béthune[ 176]. Sa grammaire castillane, qui fixait une langue moderne, sa grammaire latine, qui marquait une révolution dans l'étude des langues anciennes, parurent toutes deux avant la fin du quinzième siècle, alors qu'Érasme n'était encore qu'un enfant[ 177].

[!--Note--] 176 ([retour])
L. Massebieau, Les colloques scolaires du seizième siècle. Paris, 1878, p. 161.

[!--Note--] 177 ([retour])
On trouvera un tableau à peu près complet de son énorme production dans le Specimen Bibliothecae Hispano-Majansianae, sive Idea Novi Calalogi critici operum scriptorum hispanorum..., Hanoverae, 1753.—Cf. Antonio, Bibliotheca hispana nova, et Menéndez y Pelayo, Ciencia Española, III.

Après Nebrija, un autre esprit universel, c'est ce Francisco Sánchez, el Brocense, dont Salamanque ne fut pas moins fière. Non content d'enseigner la rhétorique et l'art de traduire, de classer d'après un plan nouveau les règles des syntaxes grecque et latine, il rédigea [p. 150] dans son Commentaire sur Horace, une très intelligente poétique, interpréta Épictète, entra fort heureusement dans le véritable esprit de la philosophie épicurienne et, abordant enfin la logique avec une indépendance qui étonne, avec un beau dédain de l'opinion vulgaire, il protesta vigoureusement contre les puériles traditions de la scolastique[ 178].

[!--Note--] 178 ([retour])
Menéndez y Pelayo, Ideas Estéticas, II.