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Constitutiones et Statuta Collegii Divi Bartholomaei in Salmantina Universitate Majoris antiquiorisque.
Ils ont pris l'habitude d'entretenir à la Cour des représentants attitrés ou hacedores, qui sont tous d'anciens élèves du Collège et restent en communication constante avec lui. Ces hacedores sont en général des personnages considérables. Par une sorte de contrat tacite, ils s'engagent à réserver tout leur crédit à leurs jeunes camarades, à les soutenir exclusivement quand une bonne charge se trouve vacante, et, par contre, les jeunes camarades se font un devoir de n'attribuer les becas[ 206] qui deviennent libres qu'aux fils, parents ou protégés des hacedores.
[!--Note--] 206 ([retour])
La beca est, on s'en souvient, l'écharpe de drap de couleur, signe distinctif du boursier de Collège.
Le résultat de cette ingénieuse convention, c'est, d'une part, que les étudiants de famille modeste n'osent même plus solliciter les bourses des Grands Collèges, certains qu'ils sont de ne pas être choisis; c'est, d'autre part, que les étudiants libres les plus méritants se voient privés, par les intrigues des Collèges et de leurs représentants, de presque tous les emplois avantageux auxquels ils auraient pu prétendre. C'est [p. 185] ainsi que des fondations qui avaient été primitivement destinées à corriger l'inégalité des fortunes et à aider le mérite obscur finissent par favoriser la paresse, l'intrigue et le népotisme et par devenir pour les riches et pour les puissants un nouveau moyen de tout accaparer.
Ce n'est pas tout encore. Les hacedores ne peuvent, quel que soit leur zèle, assurer chaque année à tous les «Collégiaux» dont la bourse expire une situation suffisamment avantageuse. Or, les Collèges ne veulent pas admettre qu'un des leurs «dégrade, comme on dit, la beca» en acceptant un poste de second ordre, tel qu'une cure, une charge d'avocat ou quelque médiocre office de judicature. Ils aiment mieux le garder auprès d'eux et veiller à son entretien jusqu'à ce qu'on lui ait trouvé quelque position plus honorable. L'ancien boursier ne peut plus revenir au milieu de ses compagnons, puisque son temps est fini. Mais on l'installe dans une maison voisine, louée ou construite à cet effet, qu'on nomme hospedería et où il prend place parmi d'autres boursiers non pourvus qui sont les huéspedes, les hôtes[ 207].
[!--Note--] 207 ([retour])
D. Antonio Gil de Zárate, De la Instrucción pública en España, Madrid, 1855.
Ces huéspedes, qu'entretient ainsi chaque Collège, mènent, en somme, la vie la plus douce et la plus facile. Ils ont le vivre et le couvert, ne vont à l'Université que s'il leur plaît, ne travaillent qu'à leur fantaisie, sortent et rentrent à leur heure. Beaucoup trouvent «l'auberge» bonne et ne songent plus à en sortir. On en cite qui y sont restés jusqu'à l'âge de cinquante ans.
Or, ces éternels candidats, en raison même de leur âge, exercent une autorité considérable sur les jeunes boursiers, pour lesquels ils sont cependant une lourde charge, et cette influence est tout à fait fâcheuse. Sans parler des mauvais exemples que parfois ils leur donnent, ils découragent par leur scepticisme ceux qui arrivent avec des intentions louables, ils leur persuadent qu'on ne peut se pousser dans le monde que par la flatterie et les trafics d'influence, et ils leur répètent le proverbe: Ventura ayas, hijo, que poco saber te basta[ 208], autrement dit: «Chance vaut mieux que savoir.» Plus encore, [p. 187] ils développent outre mesure chez leurs cadets cette vanité et cet esprit de corps qui leur assurent, à eux, une existence si privilégiée. Le plus vieux d'entre eux, qu'on appelle «l'Aîné», finit par devenir le vrai chef du Collège. C'est lui qui suscite et dirige les cabales. C'est lui qui mène la campagne électorale lorsqu'un boursier ou un ancien boursier se présente pour une chaire des Écoles.
[!--Note--] 208 ([retour])
Mal-Lara, Filosofía vulgar, Centuria novena, 36. Mal-Lara commente ainsi ce dicton: «Mon fils, aie des relations utiles, envoie des présents aux seigneurs de la Cour, aie des lettres de recommandation, apprends à te faufiler: cela vaut mieux que d'être savant.»