A Salamanque, il arrive souvent qu'au moment des Oposiciones les quatre Grands Collèges se coalisent. On en vient à ne plus considérer le mérite des candidats, mais seulement leur origine. Tous ceux de la maison qui sont déjà entrés dans la place aident les autres sans scrupule.

On retrouve à Alcalá le même sentiment de camaraderie mal comprise. Étant à l'article de la mort, un docteur de l'Université, qui avait été jadis «collégial», fait venir son confesseur: «Dans les affaires d'élections, lui dit le saint homme, Votre Seigneurie n'a-t-elle pas à se reprocher quelque injustice?»—«Mais non, mon Père, lui répond le mourant avec une admirable inconscience: en ces cas-là, j'ai toujours pris parti pour mon Collège!»

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Forts de leur solidarité, de leurs moyens d'action, de leurs relations et de leurs patronages, les Mayores commencent à vouloir régenter la république universitaire.

A Alcalá, San Ildefonso, qui avait dès le début une situation prépondérante, prétend gérer à sa guise les biens de l'Université, régler les traitements des professeurs, créer ou supprimer des chaires: son jeune Recteur s'arroge presque tous les pouvoirs épiscopaux et reconnaît à peine la suprématie de l'archevêque de Tolède.—A Valladolid, Santa Cruz est en guerre avec les maîtres et docteurs et trouve un appui constant dans la Chancellerie royale, dont presque tous les membres sont d'anciens élèves de ce Collège.

A Salamanque, San Bartolomé, Cuenca, Oviedo et l'Arzobispo s'associent pour tyranniser les Écoles. Ils sont continuellement en procès avec les petits Collèges qu'ils veulent mener à leur fantaisie, et surtout avec les Collèges militaires qui osent s'égaler à eux. Mais c'est surtout avec les hauts dignitaires de l'Université qu'ils se querellent sans cesse sur des questions d'étiquette et de préséance. Un jour, au cours d'un de ces conflits, on voit leurs boursiers envahir, [p. 189] l'épée à la main, l'église du couvent de Sainte-Ursule où se trouvait réuni le Cloître des docteurs, planter de force leurs bannières sur le grand autel, blesser des officiers et des religieux.

En 1633, le Maestrescuela Jerónimo Manrique, pour le punir de quelque méfait, consigne dans sa chambre un Collégial d'Oviedo. L'étudiant s'insurge ouvertement contre cet arrêt et s'en va se promener en plein jour dans les rues de Salamanque. Le Maestrescuela le rencontre et veut le faire appréhender au corps: mais il appelle à son secours quelques camarades qui le délivrent et rouent de coups l'Ecolâtre et ses officiers: le soir venu, ils vont même démolir sa porte et envahir sa maison, où par bonheur il ne se trouvait pas.

Ces fâcheux incidents sont souvent suivis de longues périodes d'hostilité où toute la ville se divise en deux camps: d'un côté, le gros des étudiants, les Collèges militaires, les petits Collèges et presque tous les couvents, de l'autre les Mayores et, avec eux, l'aristocratie et les Jésuites.

Découragé de voir sans cesse se renouveler de tels combats, un vieux professeur de l'Université s'écria un jour: «Si maintenant [p. 190] je voyais un âne entrer dans la chapelle de Santa Bárbara[ 209] avec la beca d'un grand Collège, je n'oserais plus le trouver mauvais!»

[!--Note--] 209 ([retour])
C'est une chapelle de la Vieille Cathédrale de Salamanque où avaient lieu les examens de licence.