«Par Vénus! mon cher Julien, c'est une statue grecque! Quelle tête superbe! quelle fierté d'allure!

—Admirable!

—Le temple d'Erechthée a-t-il laissé fuir une de ses cariatides?

—Elle revient des mystères d'Éleusis, des Anthestéries ou des
Thesmophories!

—C'est peut-être une canéphore; parlons-lui.»

Et, malgré les gestes terrifiés et les supplications de Pagano, Julien et Paul s'avancèrent lentement vers la belle Capriote. Grande, hardie, ses cheveux noirs relevés en couronne sur la tête et traversés par une flèche d'argent, ses vêtements retombant avec une grâce sévère autour d'elle, la jeune fille les regardait venir sans bouger. Sa silhouette, purement dessinée sur le fond clair du ciel, avait une étrange majesté, quelque chose d'imposant et d'enivrant à la fois par l'attraction bizarre de sa physionomie; les yeux, très-allongés, d'une douceur africaine, semblaient lancer de lumineux rayons à travers la soie des cils épais; la rougeur vivante des lèvres, charnues et bien coupées, contrastait avec le ton de la peau, pâle malgré la couleur dorée que lui avait donnée le soleil. Le vent, soufflant avec une certaine violence, faisait voltiger quelques mèches de ses cheveux et accentuait la courbe onduleuse de sa hanche gauche, avec une ligne serpentine de la cuisse à l'épaule.

Paul la regardait avec une curiosité émue, se sentant invinciblement attiré par cette étrange et superbe créature: il lui semblait retrouver quelque création de son cerveau, un rêve tout à coup évoqué par une puissance supérieure.

«Quel pouvoir dans ces yeux, se disait-il, quel enivrement dans les voluptueux contours de ce corps! Pourquoi Pagano n'aurait-il pas raison? C'est une sirène!

—Une pareille figure, s'écria Julien avec admiration, serait un succès pour le peintre qui pourrait la rendre. Quel magnifique modèle!»

Les jeunes gens s'étaient arrêtés à quelques pas, n'osant approcher davantage de peur de la faire fuir. Avançant un peu la tête par un mouvement gracieux et naturel, la jeune fille les regarda attentivement; puis, s'adressant particulièrement à Paul Maresmes, elle découvrit dans un charmant sourire l'émail de ses dents, et, appuyant les deux mains sur ses lèvres, lui envoya un baiser.