II

La noce eut lieu vers la mi-décembre. Elle fut simple, les mariés n'étant pas riches. Césaire, vêtu de neuf, se trouva prêt dès huit heures du matin pour aller quérir sa fiancée et la conduire à la mairie; mais comme il était trop tôt, il s'assit devant la table de la cuisine et attendit ceux de la famille et les amis qui devaient venir le prendre.

Depuis huit jours il neigeait, et la terre brune, la terre déjà fécondée par les semences d'automne était devenue livide, endormie sous un grand drap de glace.

Il faisait froid dans les chaumières coiffées d'un bonnet blanc; et les pommiers ronds dans les cours semblaient fleuris, poudrés comme au joli mois de leur épanouissement.

Ce jour-là, les gros nuages du nord, les nuages gris chargés de cette pluie mousseuse avaient disparu, et le ciel bleu se déployait au-dessus de la terre blanche sur qui le soleil levant jetait des reflets d'argent.

Césaire regardait devant lui, par la fenêtre, sans penser à rien, heureux.

La porte s'ouvrit, deux femmes entrèrent, des paysannes endimanchées, la tante et la cousine du marié, puis trois hommes, ses cousins, puis une voisine. Ils s'assirent sur des chaises, et ils demeurèrent immobiles et silencieux, les femmes d'un côté de la cuisine, les hommes de l'autre, saisis soudain de timidité, de cette tristesse embarrassée qui prend les gens assemblés pour une cérémonie. Un des cousins demanda bientôt:

—C'est-il point l'heure?

Césaire répondit: