Puis il réfléchit quelques instants, et, d'une voix tranquille comme s'il eût parlé de la récolte qui venait bien, il lui traça un plan de conduite habile, réglant tous les points:—«Vous n'avez qu'un moyen, ma chère enfant, c'est de lui faire accroire que vous êtes grosse. Il ne s'observera plus; et vous le deviendrez pour de vrai.»

Elle rougit jusqu'aux yeux; mais déterminée à tout, elle insista. «Et... et s'il ne me croit pas?»

Le curé savait bien les ressources pour conduire et tenir les hommes:—«Annoncez votre grossesse à tout le monde, dites-la partout; il finira par y croire lui-même.»

Puis il ajouta comme pour s'absoudre de ce stratagème: «C'est votre droit, l'Église ne tolère les rapports entre homme et femme que dans le but de la procréation.»

Elle suivit le conseil rusé, et, quinze jours plus tard, elle annonçait à Julien qu'elle se croyait grosse. Il eut un sursaut.—«Pas possible! ce n'est pas vrai.»

Elle indiqua aussitôt la raison de ses soupçons. Mais il se rassura.—«Bah! attends un peu. Tu verras.»

Alors chaque matin il demanda: «Eh bien?» Et toujours elle répondait: «Non, pas encore. Je serais bien trompée si je n'étais pas enceinte.»

Il s'inquiétait à son tour, furieux et désolé, autant que surpris. Il répétait: «Je n'y comprends rien, mais rien. Si je sais comment cela s'est fait! je veux bien être pendu.»

Au bout d'un mois elle annonçait de tous les côtés la nouvelle, sauf à la comtesse Gilberte, par une sorte de pudeur compliquée et délicate.

Depuis sa première inquiétude, Julien ne l'approchait plus; puis il prit, en rageant, son parti, et déclara: «En voilà un qui n'était pas demandé.» Et il recommença à pénétrer dans la chambre de sa femme.