Le vieux, comprenant qu’on allait se moquer de lui et parler encore de sa femme, ne répondit pas.
Pitolet reprit: «Vous avez toujours bien trouvé le secret pour faire des enfants, puisque vous en avez eu plusieurs?»
Le bonhomme releva la tête: «Vous savez, monsieur Pitolet, que je n’aime pas les plaisanteries sur ce sujet. J’ai eu le malheur d’épouser une compagne indigne. Lorsque j’ai acquis la preuve de son infidélité, je me suis séparé d’elle.»
Maze demanda d’un ton indifférent, sans rire: «Vous l’avez eue plusieurs fois, la preuve, n’est-ce pas?»
Et le père Savon répondit gravement: «Oui, monsieur.»
Pitolet reprit la parole: «Cela n’empêche que vous êtes père de plusieurs enfants, trois ou quatre, m’a-t-on dit?»
Le bonhomme, devenu fort rouge, bégaya: «Vous cherchez à me blesser, monsieur Pitolet; mais vous n’y parviendrez point. Ma femme a eu, en effet, trois enfants. J’ai lieu de supposer que le premier est de moi, mais je renie les deux autres.»
Pitolet reprit: «Tout le monde dit, en effet, que le premier est de vous. Cela suffit. C’est très beau d’avoir un enfant, très beau et très heureux. Tenez, je parie que Lesable serait enchanté d’en faire un, un seul, comme vous?»
Cachelin avait cessé d’enregistrer. Il ne riait pas, bien que le père Savon fût sa tête de Turc ordinaire et qu’il eût épuisé sur lui la série des plaisanteries inconvenantes au sujet de ses malheurs conjugaux.
Lesable avait ramassé ses papiers; mais, sentant bien qu’on l’attaquait, il voulait demeurer, retenu par l’orgueil, confus et irrité, et cherchant qui donc avait pu leur livrer son secret. Puis le souvenir de ce qu’il avait dit au chef lui revint, et il comprit aussitôt qu’il lui faudrait montrer tout de suite une grande énergie, s’il ne voulait point servir de plastron au ministère tout entier.