Renardet cria de loin: «Vous déjeunez avec nous, monsieur l’abbé. Dans une heure.»
Le prêtre tourna la tête et répondit: Volontiers, monsieur le maire. Je serai chez vous à midi.»
Et tout le monde se dirigea vers la maison dont on apercevait à travers les branches la façade grise et la grande tour plantée au bord de la Brindille.
Le repas dura longtemps; on parlait du crime. Tout le monde se trouva du même avis; il avait été accompli par quelque rôdeur, passant là par hasard, pendant que la petite prenait un bain.
Puis les magistrats retournèrent à Roüy, en annonçant qu’ils reviendraient le lendemain de bonne heure; le médecin et le curé rentrèrent chez eux, tandis que Renardet, après une longue promenade par les prairies, s’en revint sous la futaie où il se promena jusqu’à la nuit, à pas lents, les mains derrière le dos.
Il se coucha de fort bonne heure et il dormait encore le lendemain quand le juge d’instruction pénétra dans sa chambre. Il se frottait les mains; il avait l’air content; il dit:
—Ah! ah! vous dormez encore! Eh bien, mon cher, nous avons du nouveau ce matin.
Le maire s’était assis sur son lit.
—Quoi donc?
—Oh! quelque chose de singulier. Vous vous rappelez bien comme la mère réclamait, hier, un souvenir de sa fille, son petit bonnet surtout. Eh bien, en ouvrant sa porte, ce matin, elle a trouvé, sur le seuil, les deux petits sabots de l’enfant. Cela prouve que le crime a été commis par quelqu’un du pays, par quelqu’un qui a eu pitié d’elle. Voilà en outre le facteur Médéric qui m’apporte le dé, le couteau et l’étui à aiguilles de la morte. Donc l’homme, en emportant les vêtements pour les cacher, a laissé tomber les objets contenus dans la poche. Pour moi, j’attache surtout de l’importance au fait des sabots, qui indique une certaine culture morale et une faculté d’attendrissement chez l’assassin. Nous allons donc, si vous le voulez bien, passer en revue ensemble les principaux habitants de votre pays.