Presque tous les matins, entre deux visites, il entrait quelques minutes à l’église, et presque tous les dimanches il recevait la communion. Le curé, bientôt, lui fit avoir quelques malades, de vieilles filles, de pauvres gens qu’il soignait gratuitement, des dames pieuses qui demandaient conseil à leur directeur avant d’appeler un homme de science dont elles désiraient avant tout connaître les sentiments, la réserve et la pudeur professionnelles.

Puis un jour on annonça la venue de la princesse de Maldebourg, vieille Altesse Allemande, catholique très fervente, qui appela, le soir même de son arrivée, le docteur Black auprès d’elle, sur la recommandation d’un cardinal romain.

De ce moment il fut à la mode. Il était de bon goût, de bon ton, de grand chic de se faire soigner par lui. C’était le seul médecin comme il faut, disait-on, le seul en qui une femme pût avoir entièrement confiance.

Et l’on vit courir d’un hôtel à l’autre, du matin au soir, ce petit homme à tête de bouledogue qui parlait bas, toujours, dans tous les coins, avec tout le monde. Il semblait avoir des secrets importants à confier ou à recevoir sans cesse, car on le rencontrait dans les corridors en grande conférence mystérieuse avec les patrons des hôtels, avec les femmes de chambre de ses clients, avec quiconque approchait ses malades.

Dans la rue, dès qu’il apercevait une personne de sa connaissance, il allait droit à elle de son pas court et rapide, et il se mettait aussitôt à marmotter des recommandations nouvelles et minutieuses, à la façon d’un prêtre qui confesse.

Les vieilles femmes surtout l’adoraient. Il écoutait leurs histoires jusqu’au bout sans interrompre, prenait note de toutes leurs observations, de toutes leurs questions, de tous leurs désirs.

Il augmentait ou diminuait chaque jour le dosage de l’eau bue par ses malades, ce qui leur donnait pleine confiance dans le souci qu’il prenait d’eux.

—Nous en sommes restés hier à deux verres trois quarts, disait-il; eh bien! aujourd’hui nous prendrons seulement deux verres et demi, et demain trois verres... N’oubliez pas..., demain, trois verres... J’y tiens beaucoup, beaucoup!

Et tous ses malades étaient convaincus qu’il y tenait beaucoup, en effet.

Pour ne pas oublier ces chiffres et ces fractions de chiffres, il les inscrivait sur un calepin, afin de ne se jamais tromper. Car le client ne pardonne point une erreur d’un demi-verre.