—Comment, votre taille?
—Oui, je commençais à engraisser et il m’a sauvée avec son régime et ses liqueurs.
Il savait, d’ailleurs, rendre intéressante la médecine elle-même tant il en parlait avec aisance, avec gaieté et avec un scepticisme léger qui lui servait à convaincre ses auditeurs de sa supériorité.
—C’est bien simple, disait-il, je ne crois pas aux remèdes. Ou plutôt je n’y crois guère. La vieille médecine partait de ce principe qu’il y a remède à tout. Dieu, croyait-on, dans sa divine mansuétude, avait créé des drogues pour tous les maux, seulement il avait laissé aux hommes, par malice peut-être, le soin de découvrir ces drogues. Or les hommes en ont découvert un nombre incalculable sans jamais savoir au juste à quel mal convient chacune. En vérité, il n’y a pas de remèdes; il y a seulement des maladies. Quand une maladie se déclare, il faut en interrompre le cours suivant les uns, le précipiter suivant les autres, par un moyen quelconque. Chaque école préconise son procédé. Dans le même cas, on voit employer les méthodes les plus contraires et les médications les plus opposées: la glace par l’un et l’extrême chaleur par l’autre, la diète par celui-ci et la nourriture forcée par celui-là. Je ne parle pas des innombrables produits vénéneux tirés des minéraux ou des végétaux que la chimie nous procure. Tout cela agit, il est vrai, mais personne ne sait comment. Quelquefois ça réussit, et quelquefois ça tue.
Et, avec beaucoup de verve, il indiquait l’impossibilité d’une certitude, l’absence de toute base scientifique tant que la chimie organique, la chimie biologique ne serait pas devenue le point de départ d’une médecine nouvelle. Il racontait des anecdotes, des erreurs monstrueuses des plus grands médecins, prouvait l’insanité et la fausseté de leur prétendue science.
—Faites fonctionner le corps, disait-il, faites fonctionner la peau, les muscles, tous les organes et surtout l’estomac, qui est le père nourricier de la machine entière, son régulateur et son magasin de vie.
Il affirmait qu’à son gré, rien que par le régime, il pouvait rendre les gens gais ou tristes, capables de travaux physiques ou de travaux intellectuels, selon la nature de l’alimentation qu’il leur imposait. Il pouvait même agir sur les facultés cérébrales, sur la mémoire, sur l’imagination, sur toutes les manifestations de l’intelligence. Et il terminait, en plaisantant, par ces mots:
—Moi, je soigne par le massage et le curaçao.
Il disait merveille du massage, et parlait comme d’un dieu du Hollandais Hamstrang, qui accomplissait des miracles. Puis, montrant ses mains fines et blanches:
—Avec ça on peut ressusciter des morts.