Puis elle ajouta: «Si vous désiriez le revoir, monsieur, je ne sors guère avant trois heures; et on me trouve tous les jours.»

Dans la rue, l’étranger me demanda des détails sur la baronne qu’il avait trouvée exquise. Mais je n’entendis plus parler de lui ni d’elle.

Trois mois encore se passèrent.

Un matin, voici quinze jours à peine, elle arriva chez moi à l’heure du déjeuner, et posant un portefeuille entre mes mains: «Mon cher, vous êtes un ange. Voici cinquante mille francs; c’est moi qui achète votre Christ, et je le paye vingt mille francs de plus que le prix convenu, à la condition que vous m’enverrez toujours... toujours des clients... car il est encore à vendre... mon Christ...

La Baronne a paru dans le Gil-Blas du mardi 17 mai 1887.

99

UNE VENTE.

LES nommés Brument (Césaire-Isidore) et Cornu (Prosper-Napoléon) comparaissaient devant la cour d’assises de la Seine-Inférieure sous l’inculpation de tentative d’assassinat, par immersion, sur la femme Brument, épouse légitime du premier des prévenus.

Les deux accusés sont assis côte à côte sur le banc traditionnel. Ce sont deux paysans. Le premier est petit, gros, avec des bras courts, des jambes courtes et une tête ronde, rouge, bourgeonnante, plantée directement sur le torse, rond aussi, court aussi, sans une apparence de cou. Il est éleveur de porcs et demeure à Cacheville-la-Goupil, canton de Criquetot.

Cornu (Prosper-Napoléon) est maigre, de taille moyenne, avec des bras démesurés. Il a la tête de travers, la mâchoire torse et il louche. Une blouse bleue, longue comme une chemise, lui tombe aux genoux, et ses cheveux jaunes, rares et collés sur le crâne, donnent à sa figure un air usé, un air sale, un air abîmé tout à fait affreux. On l’a surnommé «le curé» parce qu’il sait imiter dans la perfection les chants d’église et même le bruit du serpent. Ce talent attire en son café, car il est cabaretier à Criquetot, un grand nombre de clients qui préfèrent la «messe à Cornu» à la messe au bon Dieu.