C’était dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni
La lune
Comme un point sur un i.
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face ou ton profil?

Si nous nous promenons, un soir de tristesse, sur une plage, au bord de l’Océan, qu’elle illumine, ne nous mettons-nous pas, presque malgré nous, à réciter ces deux vers si grands et si mélancoliques:

Seule au-dessus des mers, la lune, voyageant,
Laisse dans les flots noirs tomber ses pleurs d’argent.

Si nous nous réveillons, dans notre lit, qu’éclaire un long rayon entrant par la fenêtre, ne nous semble-t-il pas aussitôt voir descendre vers nous la figure blanche qu’évoque Catulle Mendès:

Elle venait, avec un lis dans chaque main,
La pente d’un rayon lui servant de chemin.

Si, marchant le soir, par la campagne, nous entendons tout à coup quelque chien de ferme pousser sa plainte longue et sinistre, ne sommes-nous pas frappés brusquement par le souvenir de l’admirable pièce de Leconte de Lisle, les Hurleurs?

Seule, la lune pâle, en écartant la nue,
Comme une morne lampe, oscillait tristement.
Monde muet, marqué d’un signe de colère,
Débris d’un globe mort au hasard dispersé,
Elle laissait tomber de son orbe glacé
Un reflet sépulcral sur l’océan polaire.

Par un soir de rendez-vous, l’on va tout doucement dans le chemin, serrant la taille de la bien-aimée, lui pressant la main et lui baisant la tempe. Elle est un peu lasse, un peu émue et marche d’un pas fatigué.

Un banc apparaît, sous les feuilles que mouille comme une onde calme la douce lumière.

Est-ce qu’ils n’éclatent pas dans notre esprit, dans notre cœur, ainsi qu’une chanson d’amour exquise, les deux vers charmants: